Alain Boghossian : « Réussir quelque chose de beau dans un projet sportif »

On entend souvent le football français se plaindre de ne pas profiter de l’expérience de ses anciennes gloires retirées des terrains. Les Présidents de clubs traquent les entraîneurs étrangers pensant qu’ils apporteront quelque chose de différent. Nous avons pu discuter avec un Champion du Monde 98 qui, outre son expérience internationale, ses multiples titres continentaux et nationaux en clubs, s’est nourri du football italien pendant sa carrière de joueur.

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Major à l’obtention de son Diplôme d’Entraîneur Professionnel la même année que Laurent Blanc, Alain Boghossian partage avec Les Esthètes du Foot son envie affirmée de prendre en charge un projet sportif, de faire progresser des joueurs et de gagner ! L’occasion se présente alors qu’il transmet sa passion du travail et de l’abnégation à des jeunes sportifs lors des Etoiles du Sport. Entretien.

Bonjour Alain. Que faites-vous de beau avec Les Etoiles du Sport ?

C’est quasiment devenu une histoire de famille. Cela fait maintenant 9 ans que je viens à ce rendez-vous ! C’est non seulement l’occasion de revoir de nombreux sportifs comme Muriel Hurtis, Alain Bernard, ou Martin Fourcade, mais aussi de pouvoir échanger et partager les valeurs du sport que l’on a avec les jeunes Espoirs. Ce sont des moments inoubliables mais c’est en plus un événement assez unique, c’est donc un plaisir de pouvoir y participer.

Quel est votre avis sur le tirage des poules pour la France à l’Euro 2016 ?

On est dans une poule que l’on peut évidemment juger comme étant à notre portée ! On ne peut pas parler de poule facile et même si la réponse est convenue, il faut jouer les matchs avant de les considérer comme gagnés. La Roumanie en ouverture est une nation que l’on voit revenir très haut en Europe avec notamment un très beau parcours de qualification. Elle est difficile à manœuvrer mais la France se doit de pouvoir rivaliser avec toutes les nations européennes. Nous avons les moyens de sortir de cette poule qui comprend aussi l’Albanie et la Suisse et de nous hisser au moins dans le dernier carré. C’est ce que je souhaite.

Vous êtes diplômé mais attendez toujours un projet en qualité d’entraîneur. Vous voyez-vous plus comme un coach ou comme un manager ?

C’est vrai que j’aimerais avoir une approche « à l’anglaise » qui me permettrait d’avoir une vue sur tout ce qui touche le domaine sportif mais j’ai passé mes diplômes pour être vraiment entraîneur, pour être sur le terrain. J’ai aussi complété mon cursus par un diplôme en management qui me permet d’avoir une approche beaucoup plus complète du poste. C’est un tout mais je me considère évidemment comme un coach avec des valeurs de management qui sont nécessaires dans la gestion d’une équipe. Après, je ne pense pas être trop ambitieux quand je dis que j’attends le projet « idéal ».

Ce projet pourrait-il être de prendre une équipe de L2 ambitieuse ou visez-vous nécessairement une Ligue 1 ?

Une  Ligue 2 ambitieuse qui déciderait de se donner les moyens avec une forte volonté de monter en Ligue 1 m’intéresserait ! Je ne suis pas contre cette idée, au contraire ! Je suis quelqu’un qui a toujours eu de l’ambition et il faut que le sentiment soit partagé. Se contenter d’être dans le ventre mou ou uniquement lutter pour ne pas descendre ne me correspond pas.

J’ai envie de mettre la main à la pâte pour avoir cette ambition et réussir quelque chose de beau dans un projet sportif.

J’ai connu le haut niveau, je sais ce que c’est et l’importance du travail qu’il y a à fournir pour y arriver. Mais parmi les ingrédients de la réussite, il y a aussi l’implication des joueurs sans lesquels un entraîneur ne fera pas de magie. J’ai envie de mettre la main à la pâte pour avoir cette ambition et réussir quelque chose de beau dans un projet sportif.

Si un jour un club comme l’OM (ndlr: son club formateur) vous sollicite, accepteriez-vous ce challenge dans un environnement que l’on sait particulier ?

Non cela ne me dérangerait pas car je connais ce club et l’exigence qui est liée aux résultats de son équipe ! C’est une très belle équipe qui a la chance d’avoir un bon public de supporters derrière et un stade magnifique qui offre une ambiance exceptionnelle. L’Olympique de Marseille se doit tous les ans d’être parmi les 4-5 premiers du championnat. Cela ferait partie des choses très intéressantes qui ne se refusent pas !

En 2006-2007 cela a été en discussion et il y a environ 3 ans j’ai été en contact avec Vincent Labrune qui me proposait de venir en tant qu’adjoint, mais je lui avais fait part à l’époque de ma volonté d’avoir les rênes de l’équipe et de commander en qualité d’entraîneur principal.

Vous avez une grande expérience italienne avec toutes les exigences tactiques, de travail et de discipline inhérentes à ce championnat. Vous sentez-vous capable de transmettre ces valeurs à des joueurs français ?

On peut le faire ! Chaque joueur a cette capacité à changer et à évoluer pour progresser. C’est certain que mes huit années dans le Calcio avec un travail au quotidien aux côtés d’entraîneurs de haut calibre comme Arrigo Sacchi, Alberto Malesani ou Luigi Simoni, constituent un bagage important pour moi. J’espère pouvoir transmettre ce savoir, et je n’aurai pas peur de le faire avec des joueurs en France.

Lorsque moi-même je suis parti à l’étranger, on a su me faire passer certains messages. La réponse juste est finalement dans tous les joueurs qui ont, en partant à l’étranger, su s’approprier des méthodes différentes, que ce soit Djorkaeff, Deschamps, Desailly et bien d’autres évidemment. Cette culture d’entraînement et ce travail tactique, c’est juste une méthode à laquelle s’adapter. Il faut simplement que les joueurs assimilent le projet et y adhèrent.

Si vous n’avez pas les joueurs pour pratiquer un certain football vous n’y arriverez jamais. Il faut s’adapter aux moyens que l’on a.

Vous citez Sacchi qui a changé le football à un moment donné. Sa vision vous a-t-elle influencé vers un système de jeu en particulier ?

Non car je pense que ce sont les joueurs qui poussent un entraîneur à choisir un système ! Quand on met un groupe à disposition d’un coach, il doit savoir en évaluer les forces et les faiblesses afin de s’adapter. C’est là la qualité d’un entraîneur qui ne doit pas se borner à dire « c’est comme ça et pas autrement ! ». Si vous n’avez pas les joueurs pour pratiquer un certain football vous n’y arriverez jamais. Il faut s’adapter aux moyens que l’on a.

Y a-t-il en club un ou plusieurs joueurs qui vous ont impressionné ?

C’est difficile de sortir comme ça un seul joueur et même en en citant plusieurs je risque d’en oublier. Je vais quand même citer Juan Sebastian Veron, Hernan Crespo, Fabio Cannavaro, Lilian Thuram… ce sont tous de grands travailleurs. Et puis cela n’étonnera personne si je cite quand même Zizou qui, en plus d’être emblématique, est très généreux, simple, et accessible : c’est vraiment un Esthète !

Vous préférez le résultat à tout prix ou est-ce que la manière est déterminante pour vous ?

(Il rit) Tout dépend de la situation ! Si on a besoin d’un résultat on ira à l’essentiel ! Maintenant je pense que les résultats viennent avec la manière. Avec ma « culture italienne » je ne prônerai pas le beau jeu à tout prix si c’est pour perdre 4-0 tous les week-ends ! Le résultat est certes primordial mais quand on joue bien et surtout quand on est structuré, on peut proposer un jeu plaisant et attrayant. Ce qui est important c’est de bien défendre et de se créer des occasions. De bons schémas de jeu et la qualité des joueurs offrent de bons résultats !

Le collectif est-il le plus important dans l’intérêt de l’équipe ou est-ce qu’un « impact player » est primordial ?

Là vous touchez vraiment à la problématique essentielle du football actuel ! Pour moi qui ai été un joueur besogneux, le collectif sera toujours plus fort que l’individualité. Alors bien sûr si on a un joueur comme Zinedine Zidane on a tout gagné, car lui, en plus d’être un joueur de grande classe, il se fond dans le collectif, il fait les efforts pour l’équipe et il a la capacité à tirer le groupe vers le haut ! Maintenant, avoir 3-4 joueurs de classe mais qui n’ont pas le bon état d’esprit, cela n’a pas d’intérêt. Je préfère la force collective !

Alain BoghossianPour terminer, quel est votre geste technique préféré ?

Pour moi, dans le football, le geste technique à réussir c’est le contrôle ! C’est la maîtrise du ballon en mouvement et en situation de jeu, c’est le contrôle dans la course.

Quand on passe à l’étape supérieure c’est de voir le jeu avant de recevoir le ballon afin de savoir comment idéalement l’orienter. C’est vrai qu’en disant ça je cite Michel Platini, mais c’est aussi vrai qu’un bon contrôle est la base de tout dans le football. Il faut prendre l’information avant d’avoir la balle pour avoir un temps d’avance sur l’adversaire, et ainsi faire la différence !

Merci beaucoup à Alain Boghossian pour sa disponibilité. Nous lui souhaitons de trouver rapidement son projet idéal ! 

Propos recueillis le 14/12/2015

A propos de l'auteur

Romantique du Football qui aime le beau geste et considère ce sport comme de la poésie en mouvement. Fan de Pelé, Papin, Rooney et CriCri... il aurait mis près de 1037 buts depuis qu'il a signé sa première licence

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