Amadou Sanokho: « Le foot n’est pas une science exacte »

Passé par les championnats français, italiens, anglais, grecs et chypriotes, Amadou Sanokho, 36 ans, est ce que l’on peut appeler un globe trotter du football. Aujourd’hui reconverti en tant qu’agent de joueur, l’ancien pensionnaire du centre de formation de Nantes revient pour Les Esthètes du Foot sur un parcours passionnant au cours duquel il aura notamment croisé la route du très grand Rivaldo. Rencontre avec un Esthète, un vrai.

Bonjour Amadou, tu es passé par le centre de formation de Nantes, comment c’était la formation ?

Bonjour, alors pour être précis avant Nantes j’avais été faire une petite pige aux États Unis en 1997-1998, juste avant la Coupe du Monde, j’avais 18 ans. J’étais parti à Tampa Bay en Floride, à la Bollettieri Sports Academy. Là-bas ils avaient un centre de formation sportif plutôt axé sur le tennis et ils commençaient le football masculin. Ils avaient fait venir plein d’étrangers et ça a été une belle expérience même si derrière il n’y avait pas trop de débouchés niveau football masculin aux Etats Unis.

Après ça j’ai intégré le centre de formation de Nantes, j’ai joué avec la CFA jusqu’en 2001. Ça s’est bien passé mais je voulais signer un contrat pro et pour moi le projet c’était soit de signer pro à Nantes soit de partir. A l’époque, entre Denoueix et moi ça ne passait pas trop. Donc si je restais ça aurait été pour‎ jouer en réserve. Le coach de la CFA Loïc Amisse voulait que je reste, mais je suis parti en Serie B à Modena. J’étais avec un agent italien à l’époque et il m’a dit que le club était intéressé par mon profil, donc j’y suis allé.

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C’était comment l’Italie ?

Franchement j’ai kiffé, j’y ai passé trois saisons, j’adore la vie italienne, la gastronomie avec les risotto, les pâtes, les salades, la mozarella. En termes de football, c’est aussi différent. A l’époque en Italie, les entraînements étaient très intenses et très physiques.

Tu as senti une grosse différence avec la France ?

Ah oui, comme le disait Zidane, pendant les séances de préparation physique soit tu vomis soit tu rentres chez toi et tu dors direct. C’était vraiment intense. Après tu bouffes aussi beaucoup de tactique, mais rythmée. Tu fais de la tactique mais en même temps tu travailles le physique. On avait aussi beaucoup de vidéos.

Tu as eu du temps de jeu là-bas ?

Non pas beaucoup, il y avait une très bonne équipe en place et j’ai été prêté en Serie C. Mais en Serie B j’étais surpris par le niveau qui était très fort. C’était rythmé et tactique, différent de la France, et il n’y avait pas beaucoup de buts.

Et en Serie C, comment ça se passe pour toi en prêt ?

Je joue plus donc je me fais plus plaisir. J’apprends vraiment le jeu italien, je fais une bonne année, je reviens à Modena mais ça monte en Serie A, donc ça se complique encore plus pour moi. J’ai la chance de faire un essai d’une semaine à West Ham qui a été concluant, et je pars donc en Angleterre. Là-bas c’est autre chose, c’est beaucoup de ballons à l’entraînement, c’est à fond. Tu ne cours pas beaucoup sans ballon mais tu t’entraînes comme si tu étais en match. Tu as 2 à 3 heures d’entraînement par jour mais ce n’est que le matin ou l’après midi. C’était la première fois que je n’avais qu’un entraînement par jour. On s’entraînait lundi mardi, mercredi repos, entraînement jeudi vendredi, samedi match et dimanche repos. Tu avais quand même deux jours de repos par semaine. Après je pense que c’était pour ça qu’en Angleterre le foot se jouait à fond, les joueurs arrivaient frais aux matchs, et ils avaient envie de jouer.

Tu as pu t’exprimer sur le terrain ?

Quand je suis arrivé il y avait une très grosse équipe, donc j’ai surtout joué avec la réserve. Il y avait Titi Camara, Laurent Courtois, Carrick, Kanouté, Di Canio, Defoe, David James, Sinclair qui jouait côté droit. Franchement, je n’ai pas été déçu d’arriver là bas, et à l’entraînement j’ai plus appris que partout où je suis passé. Après West Ham j’ai tourné un peu en Angleterre à Burnley, Oldham.

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Oldham ? Avec le hibou sur le cœur ?

Exactement ! C’est ça, le petit hibou sur le cœur et sur le short ! Franchement, ça n’a rien à voir avec la France, tu joues en troisième ou quatrième division tu as du monde dans les tribunes. En France tu vas en deuxième division, quand tu commences à entendre les mouettes… (il se marre) ! L’Angleterre c’est un pays de football, maintenant il y a plus d’étrangers donc je ne sais pas si c’est toujours la même ferveur ou pas, mais à l’époque, c’était incroyable.

Et après cette période anglaise tu décides de changer d’univers pour te fixer en Grèce en 2005 ?

Oui c’est ça, je suis parti tenter l’expérience en Grèce d’abord à l’A.O. Proodeftiki puis à l’Atrotimos. J’en avais marre de la pluie, il faut savoir que je suis un très grand frileux ! Là je découvre un championnat totalement différent, un peu plus faible, mais qui me permettra de découvrir l’Europe, une autre culture, et une autre façon de voir le jeu. Si je suis resté aussi longtemps là-bas, c’est que j’ai vraiment aimé.

C’est quoi les spécificités du championnat grec ?

Déjà les supporters, ce sont des fanatiques. En Angleterre, c’est des amateurs de foot, des supporters, mais en Grèce c’était des fanatiques, ils sont prêts à mourir pour leur club, c’est comme en Turquie. Je rentrais sur le terrain quand on jouait contre l’Olympiakos, c’était de la folie. Après j’ai eu de la chance de tomber sur des clubs qui m’ont toujours payé. Le championnat grec aurait pu devenir un gros championnat s’ils avaient payé les gens parce qu’il y a tout pour attirer les joueurs, la mer n’est pas loin, il fait bon toute l’année, la nourriture est incroyable, mais bon…les milliardaires grecs n’aiment pas trop payer.

Ces impayés dans les salaires des joueurs, c’est un peu le reflet de ce qui a plombé la Grèce ?

C’est ça, c’est de l’arnaque, de la magouille. Ce qui se passe aujourd’hui en Grèce est un retour de bâton, les milliardaires s’en mettent plein les poches et ils ne payent jamais d’impôts. Après en termes de caractéristiques c’est un championnat pas mal, surtout quand tu rencontres les grosses équipes comme Panathinaïkos, AEK, Olympiakos, PAOK… c’est beau, c’est un beau championnat. Quand tu joues l’Olympiakos, que le stade est rempli, qu’il y a des fumigènes de partout, que ça crie, ça donne envie de montrer ce que tu sais faire, ça fait plaisir.

Tu as croisé des joueurs qui t’ont impressionné là-bas ?

Oui, le meilleur joueur que j’ai croisé et que j’ai eu au marquage c’est Rivaldo. Aujourd’hui il y a des joueurs ils n’ont rien gagné et ils se la racontent, lui a presque tout gagné, Coupe du Monde, Ballon d’Or, tout, et il est d’une humilité… A la fin du match on a parlé, tranquille, et il voulait échanger son maillot avec moi, je ne lui ai pas demandé hein, c’est lui qui me l’a donné ! J’ai aussi croisé Kanouté quand j’ai joué Séville en coupe d’Europe.

Un grand joueur ce Kanouté…

Ah, Frèd c’est un ami, on était ensemble à West Ham. C’est moi qui l’avais fait revenir en équipe nationale du Mali. A l’époque la loi des binationaux venait de sortir (ndlr: les joueurs binationaux qui avaient déjà joué en sélections de jeunes pour un pays pouvaient maintenant opter pour la sélection A de leur deuxième nationalité –  Kanouté avait joué avec les sélections jeunes de l’équipe de France) et il voulait revenir en sélection malienne. J’avais un cousin, Seran Diabaté, qui était bien avec la fédération donc je lui en ai parlé et ça s’est fait, Kanouté est revenu jouer avec le Mali.

Et après la Grèce, direction Chypre ?

Oui, c’est à peu près la même culture, c’est un autre pays à découvrir, où il fait encore un peu plus chaud ! J’ai joué contre des bonnes équipes dont l’Hapoel, Famagouste, c’était une très très bonne expérience, j’ai rencontré des bonnes personnes, j’ai joué contre des anciens potes aussi, comme Bardon, Kaba Diawara, Lamine Sakho, il y avait pas mal de frenchies là-bas !

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Sanokho dur sur l’homme

Kaba Diawara, c’est ton pote ?

Oui c’est un bon pote qui s’occupe de la sélection de la Guinée avec Luis Fernandez en ce moment. J’essaie de lui donner des petits coups de main de temps en temps. Quand on aide les autres on s’aide soi-même (il se marre).

Et en fin de saison 2010-2011, tu rentres à l’UJA Alfortville en National, pourquoi ?

Je reviens en France pour aider Farid Elarche, un ami d’enfance qui était passé entraîneur de l’UJA. Malheureusement à ce moment là le club était déjà dernier, on a essayé de relever la barre mais ça n’a pas suffi. Les seuls matchs que j’avais fait c’était contre des grosses équipes, Guingamp, Niort, Bastia…c’était pas mal, bon, le niveau n’était pas plus élevé qu’une D1 grecque ou chypriote mais c’était sympa.

Après je suis reparti en Grèce en D2, où j’ai joué dans un club avec plein d’amis, on avait une très bonne équipe, on se faisait plaisir, malheureusement certains joueurs n’étaient pas payés et étaient en procès donc au moment de régler la note le club a mis la clé sous la porte. Je suis parti dans un autre club de D2 où ça s’est très bien passé. Ils m’ont proposé de prolonger mais j’ai préféré rentrer en France avec la famille. J’ai fini dans un petit club de DSR, encore avec mon pote Farid Elarche, où j’ai pu apporter mon expérience aux jeunes.

Aujourd’hui comment se passe ta reconversion ?

J’étais déjà un peu dans la fonction d’agent, mais je me suis dit que j’allais m’y mettre à 100%. Je travaille avec un ami et franchement, même en temps que joueur j’ai toujours aimé placer des joueurs, les aider, les suivre, les conseiller, leur expliquer qu’il ne faut pas faire n’importe quoi. Surtout avec les jeunes d’aujourd’hui qui sont dissipés, il faut toujours être derrière eux.

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Le Five, histoire de garder la forme

Tu continues un peu à jouer au foot ?

Oui je fais beaucoup plus de Five, des cinq contre cinq, notamment avec des anciens joueurs pro, comme Dabo, Dacourt, Pirès, Boumsong, Kaba Diawara, ceux qui veulent jouer un peu histoire de garder la forme.

Qui est le meilleur de la bande en Five ?

Le meilleur…(il hésite) franchement, il n’y a pas de meilleur mais il y en a qui s’en sortent mieux que d’autres, un mec comme Ousmane Dabo, c’est pas mal parce qu’il a une très grosse frappe. Dès qu’il a la balle, boum, ça rentre direct, ça part très vite ! Lui et Laurent Robert aussi, il ne faut pas les laisser tirer, il faut monter rapidement sur eux pour qu’ils ne déclenchent pas la frappe. On se fait ces petits matchs entre nous pour le plaisir, des fois il y a Malik Bentalha qui vient, on voit aussi le freestyler Séan Garnier, Smaïl Bouabdellah, ce matin on a joué, il y avait Matt Pokora qui est venu, il se débrouille bien, j’étais agréablement surpris, je ne pensais pas qu’il touchait le ballon comme ça. Il m’a dit qu’il avait un Five chez lui dans le sud, ça va !

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Quels sont tes objectifs pour la suite ?

Alors déjà je n’ai pas la fibre de coach, je suis plus dans le management et peut-être que dans le futur j’essaierai d’être adjoint dans une sélection nationale, au Sénégal, au Mali ou en Guinée, on verra.

Qui sont les rois plus grands Esthètes du Foot ?

Déjà Ronaldo, R9 bien sûr, il a révolutionné le football. Il a apporté de la vivacité, de la rapidité, il transformait des buts comme personne, et c’est surtout le seul joueur de foot que j’ai vu de ma vie ne jamais crier sur un terrain, ja-mais. Aujourd’hui, va trouver un joueur comme ça qui ne crie pas sur un arbitre, sur un coéquipier ! Je le respecte pour tout ça. Ensuite je mettrais Redondo, c’était l’un des meilleurs. Et bien évidemment, on va rester français avec Zidane, parce qu’il te rendait beau ce que tu pouvais lui donner moche. On ne va pas l’appeler le nettoyeur mais c’était un « embelisseur » ! Les gens qui sont en dehors du foot ils croient que c’est facile, mais ils ne savent pas !

Quel est ton joueur préféré ?

Yaya Touré, ce qu’il fait c’est incroyable.

Quel est le geste que tu aimes réaliser ?

Le grand pont, ça dégage de tout marquage, c’est simple à réaliser, mais c’est efficace.

Quel est le geste que tu aimerais réaliser ?

Le flip-flap de Ronaldo, intérieur extérieur. J’ai essayé de le faire quand je jouais…bon, c’est pas passé (il se marre). Après, ici, je le tente et ça peut passer, mais en pro ça va plus vite !

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Quel est le match qui t’a le plus marqué récemment ?

Il faut que je cherche bien parce qu’il y en a eu plein (il hésite), ah oui, Brésil-Allemagne, le 7-1 en coupe du monde en demi finale. Je ne pense pas qu’on reverra ça ! Les brésiliens n’ont pas réussi à transformer la pression en énergie positive. C’était un naufrage total.

Quel est le joueur qui t’a posé le plus de difficultés ?

C’était un Suisse, Reto Ziegler à Tottenham, il allait à 1000 à l’heure. A la base c’était un milieu gauche et là ils l’avaient fait jouer arrière gauche alors que j’étais milieu droit avec Burnley. Ah il m’avait fait courir, j’avais plus défendu qu’attaqué. Après, c’est vrai qu’ils avaient une équipe meilleure que la nôtre vu qu’ils étaient en Premier League et qu’on était en Championship mais après c’était la Cup. On avait battu Aston Villa au tour précédent et on a cru qu’on allait rééditer l’exploit contre Tottenham. On a pris 3-0 et on est rentrés à la maison avec un doublé de Robbie Keane et un but de Jermaine Defoe.

Quel est ton meilleur souvenir sur le terrain ?

C’est une victoire 1-0 contre l’Olympiakos lors de la 7è journée. C’était beau parce qu’ils avaient tout gagné lors des six premières journées, ils s’étaient qualifiés en Ligue des Champions, et on les bat, ça leur a mis un coup de massue.

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Tu aurais fait quoi si tu n’avais pas été footballeur ?

Peut-être électricien, j’aimais bien ça, tout ce qui est électrotechnique.

Quel conseil donnerais-tu aux jeunes d’aujourd’hui qui espèrent percer dans le football ?

Le conseil que je leur donne c’est de respecter leur environnement, leur famille, leurs amis, leurs entraîneurs, l’école et tout ça, et qu’ils travaillent beaucoup à l’école parce que le foot n’est pas une science exacte. Personne n’est sûr de réussir dans le foot et il faut un minimum de diplômes pour pouvoir se réinsérer dans le monde du travail. J’ai un autre conseil c’est l’humilité, rester humble et travailler.

Propos recueillis le 21 octobre 2015

A propos de l'auteur

Supporter du PSG depuis tout petit, il est fan de Bergkamp, Henrik Larsson, Inzaghi, Zkatan, Van Nistelrooy, et de ce bon vieux Sammy Traoré. Il aime Paris, et joue toujours au ballon dans son club de toujours, dans le 9-4.

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