Andrew Argent : « Le futsal va devenir le football de demain »

Andrew Argent a été l’un des pionniers du freestyle en France ce qui l’a amené à notamment taper la balle avec Ronaldinho sur le tournage d’une pub Nike ou à présenter le All Five Game avec Jérôme Alonzo et Zinedine Zidane. Le natif de Rouen vit aujourd’hui à Prague où il s’occupe de ses projets autour du foot, et notamment de son académie de futsal, freestyle et football créée en 2015. Entretien avec un Esthète.

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Bonjour Andrew, peux-tu nous parler de ton parcours dans le football ?

Bonjour, alors j’ai commencé le foot à l’âge de 6 ans dans un club de la banlieue de Rouen. Ensuite j’ai joué en 15 ans nationaux sur Rouen, j’avais un potentiel correct mais pas assez pour m’imposer ou pour aller faire un centre de formation donc j’ai continué en foot loisir. A 17 ans je commençais à taper la balle, à faire des jonglages pour m’amuser, comme ça, dans ma chambre, je découvrais le freestyle. En août 2001, j’avais 18 ans, et comme je me débrouillais pas trop mal en freestyle j’ai eu la chance d’être présenté à un manager qui m’a proposé de m’emmener sur Paris pour participer à un événement foot avec Ronaldinho lors du All Star Game, le gros événement de basket organisé par Nike. Après ça j’ai été sélectionné en novembre 2002 pour aller faire le tournage de la pub Nike Stickman, toujours avec Ronaldinho !

Impressionnant non ?

Ronaldinho je le regardais à Téléfoot. On était quatre jeunes issus d’un milieu autre que professionnel, et avec nous il était vraiment gentil. Par exemple, pour le tournage, il était blessé aux adducteurs, et Nike et le PSG avaient demandé à ce qu’il ne joue pas trop. Il faisait assez froid le matin et à chaque fois que c’était à nous d’être filmés, Ronaldinho avait pour consigne de repartir au chaud dans sa loge. Première prise, il vient avec nous pour être filmé 10 minutes, puis il va dans sa caravane. Deuxième prise, ça dure 20 minutes, et on lui redemande d’aller se réchauffer dans sa loge. Il refuse en disant qu’il veut rester avec nous pour jouer au ballon !

Plus que la pub, ce qui l’intéressait vraiment c’était de jouer. Vu qu’on était un peu les pionniers du freestyle en France, il était curieux de voir le niveau de la discipline ici. Je me souviens que je lui avais montré comment faire un monter de balle avec le talon, un sombrero talon. Ce qui m’est resté de tout ça c’est qu’en tant que jeune garçon évoluant en district en Normandie, j’avais pu apprendre à Ronaldinho à faire ce geste. C’était une rencontre magnifique, avec un gars en or.

Tu jouais en district à l’époque ?

Oui avant cette pub j’étais retourné jouer dans mon village, et j’avais presque envie d’arrêter le foot. Et pourtant, l’année qui a suivi je signe dans un club et je me retrouve à jouer en DH Senior, dans un monde parallèle ! Ça s’est plutôt pas mal passé mais j’ai été coincé par mon fort caractère, je n’avais pas forcément envie de jouer comme le coach le souhaitait, et je n’en faisais qu’à ma tête ce qui n’est pas forcément bien. Donc par la suite j’ai un peu vagabondé de club en club au niveau régional, mais j’ai continué sur le freestyle, ce qui m’a permis de pas mal voyager. Je suis ensuite passé manager de freestylers parce qu’il faut savoir passer la main. J’ai vu pas mal de freestylers commencer et notamment Séan Garnier. En 2006 il était avec nous pour l’une de ses premières démo pour Gol de Letra, l’association de Raï. On sentait déjà à l’époque que c’était un très gros personnage. On connaît la carrière qu’il a eue et j’ai eu la chance de travailler avec lui pendant un an, ça a été une grosse expérience.

Tu vis désormais en République Tchèque à Prague, que fais-tu là-bas ? 

Pour des raisons personnelles j’ai pu m’expatrier en République Tchèque ce qui m’a ouvert les portes du futsal. C’est pour moi un sport méconnu en France, ou en tout cas assimilé à un esprit « football quartier » qui n’est pas forcément adapté parce que si on regarde bien, quasiment tout le monde joue au futsal. J’ai la chance de pouvoir jouer et m’entraîner avec le Sparta Prague Futsal qui est un club quasiment professionnel avec des joueurs qui sont payés. C’est une opportunité exceptionnelle qui me permet d’apprendre au plus haut niveau avec notre coach David Frič qui a joué pendant quasiment 10 ans en équipe nationale Tchèque, qui est dans les 15 meilleures nations au niveau mondial et qui était présente au dernier Euro.

Comment as-tu découvert le futsal ?

Dans la ville où j’ai grandi, tous les jeudi soir on avait un créneau avec la maison des jeunes et on jouait au « foot en salle », avec le ballon en feutrine, on était loin du futsal. Je m’aperçois maintenant qu’il y a une grande différence, avant je jouais au foot en salle et maintenant je joue au futsal.

Quelles sont les différences ?

Le foot en salle c’est quelque chose auquel tu vas jouer avec tes potes, tu vas essayer de dribbler, de faire du freestyle sur le terrain, de mettre des petit ponts au maximum. Le futsal ça va être en une ou deux touches de balle, avec un gros aspect tactique et la nécessité de marquer des buts. A aucun moment il n’y a du freestyle pur, on n’essaie pas de mettre des petit ponts, sauf si on s’appelle Falcao ou Ricardinho. La grosse différence se fait au niveau tactique et au niveau de l’endurance.

Comment vois-tu l’évolution du futsal ?

Le futsal va devenir le football de demain. Le foot évolue, on voit que les jeunes font maintenant du street soccer, du freestyle. Le futsal va évoluer avec son temps et quand les média vont s’y mettre, quand les télé et les sponsors vont commencer à mettre de l’argent, l’intérêt pour ce sport va grandir. Le futsal est très attractif et vraiment spectaculaire. Il y a une action toutes les cinq secondes, ça va d’un but à l’autre !

Que penses-tu des footballeurs pro qui proviennent du monde du futsal ?

C’est assez rare, il y a Ben Yedder, El Arabi. Le futsal, pour des attaquants, ça apporte une maîtrise de ballon, la capacité à jouer dans des petits espaces, à jouer très vite, et ça aide à avoir le sens du but. Il y a cependant peu de joueurs qui sortent du futsal pour aller au foot à 11.

Tu gères également des projets en République Tchèque ?

Oui j’organise des tournois de futsal et de football pour adultes expatriés à Prague. Quand je suis arrivé ici je me suis rendu compte que c’était compliqué de jouer au football en tant qu’expatrié. J’ai donc commencé avec un ami à organiser des tournois de futsal et ça a bien pris. Ça fait maintenant 3 ans que j’organise des tournois à 8 équipes tous les mois, qui sont destinés aux entreprises, aux expatriés, aux locaux, et tout se passe très bien.

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J’ai également démarré la League5 Academy où on reçoit des enfants, souvent d’expatriés, qui vivent à Prague et qui ne peuvent pas pratiquer le football à cause de la barrière de la langue. Par exemple j’ai un enfant Allemand qui a fait trois entraînements en club et on lui a dit qu’il ne pouvait pas revenir parce qu’il ne parlait pas la langue. Dans mon Académie, on dispense des cours de futsal, de football et de freestyle en anglais. On a 4 coachs qui parlent aussi Allemand, Espagnol, Italien, Tchèque, ou Français et il y a un objectif. Je veux que les enfants ressortent contents, en ayant couru, en ayant tapé dans le ballon, en ayant marqué des buts, le tout dans un esprit fair-play et surtout international. On a des enfants chinois, japonais, italiens, espagnols, hongrois, tchèques, allemands, français…dans trois catégories d’âge, les 4-6 ans, les 7-10 ans et les 10-15 ans.

L’académie se développe ?

Ça commence à s’agrandir, et on va maintenant proposer des camps d’été pour ces jeunes. Les cours ont lieu le dimanche matin mais on va ouvrir à partir de l’année prochaine le mardi et le jeudi soir. Quand on a commencé en septembre 2015 on était à 15 enfants, on en a aujourd’hui 91.

10450745_499667440219704_6934842310429623545_nTu étais avec l’Equipe de France U19 de futsal lors du tournoi de l’Ostrava Cup. Tu peux nous en dire plus ?

Mon entraîneur de futsal David Frič m’a permis de rencontrer la fédération tchèque de futsal et j’ai pu les mettre en relation avec l’entraîneur des U19 de l’équipe de France Raphaël Reynaud qui est venu ici à Prague en août dernier voir les entraînements du Sparta et rencontrer la fédération. Fin janvier 2016 on m’a confirmé que l’équipe de France U19 venait ici disputer le tournoi de l’Ostrava Cup et que la fédération tchèque me prenait comme « liaison » avec l’équipe de France. Mon rôle était d’être avec l’équipe de France pour m’assurer que tout irait bien en termes d’organisation, je servais également de traducteur. Comme le coach savait que j’avais des connaissances de futsal il m’a laissé regarder de l’intérieur comment ça se passait, comment il faisait ses débriefings avec les joueurs, comment il organisait ses séances vidéos. J’étais toujours en retrait mais ça m’a permis de vivre une grosse expérience pendant quatre jours et je remercie le coach pour ça. C’était une grande fierté pour moi de pouvoir côtoyer une Equipe de France, c’est quelque chose que je ne pensais pas vivre. J’espère que ça se reproduira.

Tu as présenté le All Five Game avec Jérôme Alonzo et Zinedine Zidane. Comment ça s’est fait ?

Quand j’étais freestyler, j’ai démarché une agence qui s’appelait Keep Diggin, qui s’occupait de Surface Magazine et de Jérôme Alonzo. Ils allaient fêter leur premier anniversaire et je suis allé faire une démo de freestyle à cette occasion dans un Five sur Paris. On est restés en contact et ils m’ont appelé un jour en me demandant si j’étais intéressé pour présenter le « All Five Game » avec Jérôme Alonzo et Zinedine Zidane. J’ai évidemment accepté et il y a eu 3 saisons.

Comment était Zidane « en vrai » ?

Il est très simple. La première fois que l’on s’est retrouvés sur le terrain avec Zidane je lui ai demandé comment il souhaitait que je l’appelle pendant le tournage. Je l’a vouvoyé et il m’a répondu très simplement : « appelle moi Zizou ». Le tournage s’est très bien passé même si être freestyler face à Zizou ça n’a pas toujours été facile parce qu’il y avait des tests à faire, comme des tirs en lucarne, des tirs du pied gauche, du milieu de terrain, et notamment le jeu de la barre qui m’avait donné du crédit. Le jour de ce jeu, on avait trois essais pour taper la barre. Zizou la touche rapidement, Jérôme Alonzo fait ses trois essais sans la toucher, et moi je pose le ballon sur la ligne et je la touche du premier coup ! Ça m’a mis à l’aise et ça m’a donné du crédit d’entrée de jeu. 

J’ai eu la chance de pouvoir continuer sur trois ans et d’être très bien accueilli par la famille Zidane qui s’occupe du Z5. Ce sont des personnes simples. Au final, Zidane et Ronaldinho sont assez similaires, le foot les a fait connaître, mais ils sont restés les mêmes avec leurs valeurs et leurs qualités.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

J’aimerais bien devenir entraîneur de futsal, mais je ne sais pas si je reviendrai en France vu que je souhaite aussi développer tous ces services autour du foot en République Tchèque et pérenniser l’Académie pour pouvoir continuer à vivre de ma passion.

Pour finir qui sont pour toi les 3 plus grands Esthètes du Foot ?

J’ai eu la chance de pouvoir échanger des ballons avec Zidane et Ronaldinho, que je mets en numéro 2 et 3 ex-aequo. Le premier pour moi est Chris Waddle. Ma mère m’avait acheté sa cassette vidéo quand j’étais petit, « Chris Magic Waddle ». J’ai vécu pour Chris Waddle et son numéro 8, j’ai regardé cette cassette encore et encore, et j’essayais de refaire ses dribbles à l’entraînement. C’est ce qui m’a donné cette créativité et cette capacité à inventer des gestes, parce que quand j’avais 10-11 ans il n’y avait pas Youtube ou Facebook pour regarder Séan !

A propos de l'auteur

Supporter du PSG depuis tout petit, il est fan de Bergkamp, Henrik Larsson, Inzaghi, Zkatan, Van Nistelrooy, et de ce bon vieux Sammy Traoré. Il aime Paris, et joue toujours au ballon dans son club de toujours, dans le 9-4.

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