France 2-0 Pays Bas: le grand format

Pour ce dernier rendez-vous international avant la Coupe du Monde, Louis Van Gaal, le sélectionneur national hollandais, avait choisi de faire évoluer son équipe en 4-3-3. Une défense à quatre avec Blind, Indi, Vlaar et Van der Wiel, champion mon frère. Deux joueurs devant la défense, Jordie Clasie et Strootman accompagné de Sneijder, placé plus haut derrière une triplette d’attaque Boetius – RVP – Promes. Seule ombre au tableau côté batave, l’absence de Robben, blessé. Une catastrophe, un désastre pour les invétérés de la feinte-crochet extérieur-frappe dans le petit filet opposé.

Côté français, Deschamps, l’homme aux dents à la trajectoire incertaine, est resté principalement fidèle aux HEROS, oui parfaitement, aux HEROS des barrages contre l’Ukraine. Griezmann, qui fêtait sa première sélection, remplaçait Ribéry, opéré du boule il y a peu, et Mangala, Koscielny.

EdF

Il faut tout d’abord rendre hommage à l’esthétisme de Van Gaal, cet artiste, lui qui n’avait pas hésité, un soir de 2011 à montrer ses parties intimes à ses joueurs du Bayern afin de leur faire bien comprendre avec quels atouts il était nécessaire de jouer. On voulait vous le présenter le mec, c’est fait. Poursuivons.

Cette rencontre était un bon test pour les Français. Qualifiés après des barrages au scénario magique, ils avaient là l’occasion de se mesurer à une des plus solides nations du continent et d’entretenir le regain d’affection du public.

Portés par cet enthousiasme, les Bleus font une entame de match prometteuse. Ils disputent tout d’abord la possession aux hollandais. On assiste à une frappe d’Evra, oui d’Evra, après un dédoublement Benzema / Debuchy. Adepte du ying et du yang, Evra compense ensuite en se faisant déposer par Quincy Promes. Sûrement jaloux, Debuchy est lui aussi laissé sur place quelques minutes après par l’autre promesse hollandaise du soir, Boetius.

Après le round d’observation, et constatant la supériorité des bataves au milieu en ce début de match, les Français s’adaptent, abandonnent la possession et commencent à procéder en contre. Ils ferment les espaces dans l’axe et forcent les Hollandais à passer sur les côtés.

Les séquences de conservations s’accumulent pour les Oranje qui manquent de créativité. Ils ont du mal à trouver Sneijder dans l’axe, et le repli des ailiers français sur les côtés les gêne. Possession donc, 2’25’’ par ci, 2’ par là, mais possession stérile. Stérile comme un Robben ne maîtrisant pas parfaitement l’unique geste de sa palette technique d’attaquant.

Bref, au quart d’heure de jeu, ça fait 58% de possession pour les Pays-Bas, ce qui provoque l’admiration d’Arsène Wenger qui nous gratifie d’un « C’est très géométrique ce qu’ils font ». 130 000 euros annuels pour des phrases comme ça, en plus de ce qu’il palpe à Arsenal, il est peut-être là le génie.

A la 15ème minute, Lloris profite du premier corner hollandais pour faire coucou. Coucou Hugo.

La France a donc adapté son jeu au début de match. Les Bleus jouent bas, subissent mais pas trop, et tentent d’exploser vers l’avant à la récupération. Comme le ketchup, parfaitement Cristiano. Seulement les contres sont mal exécutés. Entre imprécisions techniques et impatience, les Français ratent leur premières sorties, et s’exposent donc à courir, subir, et souffrir.

Ils abusent également du jeu long, tentés il est vrai par la finesse de passe de Pogba, Cabaye ou Varane. Mais ils ont du mal à investir le camp hollandais, les deux relayeurs Pogba et Matuidi ne se projetant pas assez dans la moitié de terrain adverse.

A la 20ème minute, premier contre français réussi : à droite de la surface, centre de Valbuena pour Griezmann au second poteau qui remise intelligemment pour une tête de la Benz… contrée. Cette action fait du bien à l’EdF. Une minute plus tard, sur un ballon en profondeur –encore- Rim-k nous régale d’un superbe enchaînement amorti-poitrine-frappe-enchaînée-pied-gauche qui va se loger dans le petit filet de Jaasper Cillessen. But malheureusement refusé pour un hors-jeu mignon comme tout. Sur l’action suivante, Pogba, poli, sur une protection de balle, présente son boule pour la première fois aux joueur hollandais, préliminaire indispensable à ses futures percées.

Et là comme par magie, la France émerge des limbes de sa moitié de terrain. Plus agressifs et plus cohérents dans leur pressing, ils arrivent à mettre le pied sur le ballon. A la 27ème, sur une belle action française, Pogba se fait découper par Martins Indi, ce qui donne un beau-coup franc aux 30 mètres. La Benz en profite lui pour présenter non pas son boule, mais les fines coutures du ballon à une tête adverse. Coquin. A la demi-heure, a la suite d’une succession de corners, on assiste à la première occasion hollandaise, une demi-volée de l’ami Hervé P. oublié au deuxième poteau. Lloris détourne. Coucou Hugo.

Cela a le mérite d’énerver les français.  Après un duel au milieu de terrain, Blaise La Faucheuse lance DU PIED DROIT Benzema dans la profondeur, qui d’une demi-volée décroisée ma foi fort jolie, ouvre le score pour l’équipe de France. 1-0, donc. Les Français ont eu le mérite de continuer à jouer de façon très directe, malgré leurs premiers contres peu concluants, et leur stratégie est récompensée par ce but. Les joueurs de la Desch multiplient alors à leur tour les séquences de conservation.

Les Hollandais, vexés, tentent alors d’imprimer plus de rythme à leurs actions. Ils sont rapidement coupés dans ce faible élan par la sortie de leur capitaine Strootman, touché au genou, et qui se fait siffler par le stade sans raison apparente. France, pays de mon cœur.

A la 42ème minute, après une récupération basse, Cabaye transmet à Benzema. L’attaquant du Real joue le une-deux en une touche avec l’icône du Matuidisme. Benzema lance ensuite Valbuena en profondeur sur le côté droit. 150 pas de 20 centimètres plus loin, le gars qui rentrait son fute dans ses chaussettes ajuste un superbe centre dans la surface.

Et là, la grâce, l’intervention divine. Matuidi, fauché par l’Homme invisible, s’élève dans le ciel dyonisien, et balance de façon aléatoire son PIED DROIT de la droite vers la gauche. Résultat ? Une reprise de volée acrobatique somptueuse dans la lucarne. Matuidi. Blaise. Kényan. Et maintenant Zlatan. All-inclusive.

A la mi-temps, Digne remplace Evra. Concernant les hollandais, on ne veut toutefois pas savoir ce que Van Gaal a dit et/ou montré à ses joueurs.

La seconde période sera bien plus tranquille. Les phases de possession s’enchaînent des deux côtés, la partie perdant en intensité tant dans le rythme que dans le pressing. La France continue dans la lignée de sa première période, à la différence qu’elle dispose maintenant plus du ballon. Cependant, les Français ne se montrent pas assez patients, et recherchent la profondeur assez vite, au lieu d’attendre une erreur de positionnement de l’adversaire en faisant circuler le ballon sur la largeur.

Quelques actions à signaler, tout de même. Deux minutes après le retour des vestiaires, Promes combine avec Hervé P. qui le lance dans la profondeur. Digne fait un bon retour, égalant ainsi l’investissment défensif d’Evra en 55 sélections. En 45 minutes, le latéral parisien prouve qu’il est au niveau. Bien placé et concerné défensivement, il propose des solutions dans son couloir lorsque les Bleus ont le ballon.

Les jeunes sont à l’honneur côté français. Mangala nous régale de deux retours bien sentis sur R. Van Persie. Une fois à la 54ème , alors que la défense française était prise dans le dos. Et une autre fois en fin match, sur un centre dangereux devant le but. Du côté hollandais, Van Gaal lance également des jeunes, avec les entrées de Klaassen, Rekik et de Depay. Ce dernier, jeune joueur du PSV, fera lui aussi tourner la tête à Debuchy, en plaçant une superbe accélération long de ligne.

La fin de match verra les entrées côté français de Giroud et de Sissoko. Et de Sagna, décrit par Wenger comme « solide ». Et les 100 000 euros hebdomadaires qu’il te demande Bacary pour prolonger, c’est du solide aussi, hein Arsène !

 En définitive, ce France – Pays-Bas a été un bon test pour l’équipe de France. Après la joie de la victoire contre l’Ukraine, les supporters français s’attendaient à une confirmation. Les Bleus leur ont donné. Alors certes, on s’attendait à une opposition hollandaise plus impressionnante, du fait de l’absence de Robben, Jaanmat ou encore De Jong, et de la sortie prématurée de Strootman. Cependant, force est de constater la partie solide des français.

Le milieu à trois instauré face à l’Ukraine offre de réelles garanties. Animé par trois joueurs aux profils incroyablement complémentaires– « Machinegun » Matuidi / Pogba / Cabaye –   il constitue un socle solide sur lequel bâtir. Ce dispositif en 4-3-3 permet également plus de liberté aux ailiers qu’un système en 4-2-3-1. Et quand l’on sait que le meilleur joueur français s’appelle Ribéry – enfin au vu de la progression sans limites de Matuidi, on sait plus vraiment – c’est rassurant.

Enfin, ce match a confirmé que la France dispose d’un vivier de talents énorme au niveau des jeunes. Griezmann a montré de belles choses pour une première, à l’instar de Digne. Mangala a lui fait un match très solide. On regrette seulement l’absence de Schneiderlin dans cette liste, un des tous meilleurs joueurs de Premier League, snobé par Deschamps. Quant à Varane et Pogba, bah, ils sont en avance sur leur temps, eux c’est le futur anticipé.

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