Kourichi (Algérie): « On aurait dû avoir Algérie-France »

A quelques semaines du mondial Brésilien, Noureddine Kourichi, l’entraîneur adjoint de l’équipe nationale d’Algérie, s’est confié aux Esthètes du Foot dans un entretien exclusif. L’ancien international, défenseur central de la grande équipe des Fennecs époque 82 et 86, revient dans cette première partie sur son parcours de joueur et sur sa carrière d’entraîneur, en passant notamment par ce fameux Algérie-Allemagne de 82.

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Kourichi (en haut à gauche), le défenseur que tu n’aimerais pas avoir au marquage

Bonjour. Vous avez effectué une belle carrière de central, la défense, c’est quelque chose qui vous a toujours plu ?

Oui oui, j’ai toujours joué défenseur. Je pense qu’on ne devient pas défenseur, on naît défenseur. J’avais un bon jeu de tête, une vraie agressivité, j’étais très bon dans les duels. J’étais un peu un Ramos, ou l’autre défenseur du Real là, Pepe.

Pepe ? C’est très dur sur l’homme ça, non ?

Voilà, exactement.

Comment êtes-vous devenu professionnel ?

J’ai fait mes classes à Poissy jusqu’à mes 19 ans. Je suis ensuite parti aux Muraux une année. De là, en 75, j’ai signé en CFA à Mantes où un directeur sportif de Valenciennes m’a vu sur un match Mantes La Ville – PSG. Je suis alors parti faire un essai là-bas en mars de la même saison, et j’ai ensuite signé un contrat de stagiaire la saison suivante, en 75-76. J’ai joué mon premier match en professionnel cette même année contre Strasbourg qui est devenu champion de France après être monté de Ligue 2 la saison d’avant. Je marquais l’avant centre Jacky Vergnes, c’était la grande équipe avec Domenech, Dropsy dans les buts. J’ai passé cinq ans à Valenciennes, de 75 à 81, avant de partir pour Bordeaux. L’Aquitaine est vraiment une région merveilleuse, il y avait en plus un club en avance sur pas mal de choses avec le président Claude Bez, un entraîneur qui était Aimé Jacquet et des joueurs qui s’appelaient Trésor, Tigana, Giresse, Lacombe, Girard, Pantelic et j’en passe. Une très belle aventure.

C’est sur cette saison que vous partez disputer le mondial 82

Oui, en juin 82, coupe du monde en Espagne, avec Algérie-Allemagne (victoire 2-1), Algérie-Autriche (défaite 2-0) et Algérie-Chili (victoire 3-2).

Et la plus belle équipe d’Algérie de tous les temps ?

Jusqu’à maintenant oui, c’est ce que tous les Algériens ont dans la tête, cette génération avec les Assad, Dahleb… je ne vais pas citer tout le monde. Le match qui reste dans les mémoires des Algériens est ce Allemagne-Algérie que nous avons remporté 2-1 avec la manière.

Comment aviez-vous appréhendé la compétition ?

C’était notre première coupe du monde. Il n’y avait que deux représentants africains à cette époque, l’Algérie et le Cameroun, en sachant que le football africain n’était pas forcément aussi efficace que maintenant. Sur ce match là on savait que tout le monde pensait qu’on allait se faire manger. Les joueurs Allemands, deux ou trois jours avant le match, disaient « je vais dédier le 5ème but à mon fils, le 6ème à untel« . Ils étaient convaincus qu’ils allaient cartonner contre nous. De notre côté, on était en stage pendant 40 jours, et dans ma chambre, que je partageais avec Dahleb, j’avais la photo de l’équipe d’Allemagne. Je les regardais tous les jours, je regardais aussi particulièrement Hrubesch, le joueur que j’allais marquer. J’étais confiant, Hrubesch, je l’avais déjà joué quatre ou cinq mois avant en coupe d’Europe contre Hambourg donc je le connaissais. Tout s’est finalement bien passé et ça a été pour moi un des plus beaux matchs de cette coupe du monde, et une des plus grandes surprises.

Et puis il y a ce dernier match du premier tour, Allemagne-Autriche… (ndlr: à cette époque les derniers matchs de la phase de poules ne se jouaient pas en même temps. Ayant eu le résultat d’Algérie-Chili, les joueurs Allemands et Autrichiens savaient qu’un résultat de 1-0 pour l’Allemagne les qualifierait tous aux dépens de l’Algérie)

…(il coupe) Le match de la honte. J’ai eu le privilège d’aller le voir au stade. Au bout de huit minutes de jeu, quand Hrubesch a marqué du genou le premier but de l’Allemagne je me suis dit que c’était mal barré mais qu’ils allaient en marquer un deuxième. Mais les deux équipes sont restées derrière et se sont fait des passes, elles n’ont plus attaqué. Le résultat de 1-0 qualifiait tout le monde, et ça a donné un non match. Dans les tribunes j’ai vu des supporters Allemands brûler leur drapeau, ils avaient honte de leur équipe et de ce comportement antisportif. Il y avait beaucoup de gens qui scandaient des « Argelia, Argelia », et des supporters algériens qui manifestaient ce jour là. C’est d’ailleurs pour cela qu’en 1986 la FIFA à décidé de faire jouer tous les matchs du premier tour le même jour et à la même heure de façon à ce que les équipes ne puissent pas combiner sur le goal average.

Comment avez-vous vécu l’élimination ?

Avec beaucoup de tristesse et surtout de regrets. A la mi-temps du match Algérie – Chili, alors que nous menions 3-0, on ne nous a pas dit que si on gagnait 3-1 on était directement qualifiés. Au final, les Chiliens ont marqué 2 buts et on a gagné 3-2. Leur deuxième but nous a été fatal. On ne savait pas, on ne nous avait pas dit, c’est la faute des dirigeants.

On aurait dû rester derrière en deuxième mi-temps mais l’Algérie de cette époque était une équipe offensive. Derrière il n’y avait que Mansouri, Guendouz et moi qui étions défenseurs. Tout le reste de l’équipe était composé de milieux offensifs et d’attaquants : Assad, Madjer, Belloumi, Bensoula, Djamel Zidane, Dahleb, Fargaoui. On n’était que trois derrière. Si on nous avait dit à la mi-temps de ne pas prendre de but, peut être qu’on se serait qualifiés.

J’avais vraiment envie de passer ce tour puisqu’en nous qualifiant, on serait tombés contre la France. On a eu France-Autriche mais on aurait dû avoir Algérie-France. Dans l’équipe de France il y avait huit ou neuf joueurs bordelais, qui étaient mes copains. Je les avais eus au téléphone avant le match, je leur avais dit « si on est qualifiés on va tomber contre vous« . Hidalgo, lui, ne voulait pas tomber contre l’Algérie, il préférait l’Autriche.

Vous quittez donc la coupe du monde et signez à Lille dans la foulée

Tout à fait, j’y ai passé quatre saisons. A Lille, je m’y retrouvais parce que je suis né dans le Nord mais je ne connaissais pas vraiment la région. J’y suis arrivé quand j’étais à Valenciennes et j’avais envie d’y retourner puisque je m’y sentais bien. Lille avait un grand projet sportif, ils voulaient monter une grande équipe, et je n’ai pas regretté ce choix. J’y suis resté jusqu’à la Coupe du Monde 86 au Mexique. On avait joué contre l’Irlande, contre qui on avait fait match nul, contre le Brésil, où on perd 1-0 dans un des plus beaux matchs de la compétition. On joue ensuite contre l’Espagne, défaite 3-0, et on rentre à la maison. J’avais 33 ans, j’étais en fin de contrat, et je suis parti finir ma carrière en Suisse.

Vous avez apprécié la Suisse ?

Oui, il y avait la montagne, la Suisse est un beau pays, tranquille. En termes de football, je n’attendais plus rien, j’avais fait une très belle carrière, plus de 10 ans en première division, deux coupes du Monde, et une CAN, en côte d’Ivoire en 84. On avait été éliminés en demi finale contre le Cameroun, 0-0 à la fin du temps réglementaire et on avait perdu aux penalty.

Comment s’est passée la transition vers le métier d’entraîneur ?

Quand j’étais en Suisse, j’ai reçu un appel de Bayeux pour un entretien pour éventuellement devenir entraîneur – joueur là-bas. J’y suis resté deux ou trois ans, on a fait du bon travail et ça m’a permis de m’adapter dans mon métier d’entraîneur. J’en ai profité pour passer mes diplômes à Clairefontaine.

Vous pensiez déjà revenir au sein de l’équipe nationale d’Algérie ?

Ça commençait à me trotter dans la tête petit à petit. Surtout quand je voyais qu’il n’y avait pas forcément de bons résultats après notre génération mis à part la CAN 90 organisée et gagnée par l’Algérie. Après cela le pays a connu des problèmes politiques avec l’intégrisme, et le football en a subi les conséquences pendant 10 ans.

Vous poursuivez par l’équipe première de Suresnes, la réserve du Paris FC, et le FC Mantes en CFA

J’ai fait 3 ans à Suresnes et je suis resté cinq ans au Paris FC où je me suis occupé de la fonction de responsable du pôle jeunes, à savoir les moins de 21 ans. Il y a une très belle école de football au Paris FC. J’étais adjoint de l’entraîneur de la CFA le matin et je m’occupais des jeunes de la DH le soir. Je suis ensuite devenu entraîneur du FC Mantes en CFA pendant deux ans avant de devenir en 2011 adjoint de Vahid Halilhodžić en équipe nationale.

Dans la deuxième partie de l’interview, Noureddine Kourichi nous parlera de sa fonction d’entraîneur adjoint et de la coupe du monde à venir pour l’équipe nationale d’Algérie.

A propos de l'auteur

Supporter du PSG depuis tout petit, il est fan de Bergkamp, Henrik Larsson, Inzaghi, Zkatan, Van Nistelrooy, et de ce bon vieux Sammy Traoré. Il aime Paris, et joue toujours au ballon dans son club de toujours, dans le 9-4.

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