Interview – Reto Ziegler: « La Ligue 1, je me sens prêt à relever ce type de défi »

L’international Suisse Reto Ziegler (28 ans) vient de se libérer de sa dernière année de contrat avec la Juventus de Turin. Le latéral gauche, partie prenante de l’aventure helvète au mondial brésilien, est donc libre de s’engager avec le club de son choix sans patienter jusqu’au mercato hivernal. En attendant de trouver un nouveau challenge à la hauteur de ses ambitions, il continue de parfaire sa condition physique avec le groupe du Servette de Genève et a accepté de répondre en toute décontraction aux questions des Esthètes du Foot.

Reto Ziegler

Reto, tu n’as que 28 ans et tu as déjà connu pas mal de grands clubs. Tu peux nous rappeler ton parcours ?

Je dois mon arrivée et mon début de parcours dans le foot à mon grand frère qui était joueur lui aussi. Il était promis à un bel avenir mais il a malheureusement eu une grave blessure. Il est toujours celui avec lequel je débrieffe mes matchs. Il a un regard avisé et peut tout me dire même les choses pas forcément agréables à entendre… je sais que ce sont toujours des critiques constructives.

J’ai été formé au Servette FC et à Lausanne Sport. Grâce notamment au titre de champion d’Europe des U17 en 2002, (ndlr : le premier titre international remporté par une équipe nationale helvète) j’ai pu arriver au Grasshopper et avoir ma chance avec les pros ! Cette même année nous sommes champions et finalistes de la coupe nationale.

J’ai ensuite été repéré par Frank Arnesen, recruteur des Spurs de Tottenham, pendant un match avec l’équipe nationale des U19 contre les Pays-Bas. Grâce à lui j’ai pu signer en Angleterre dans ce club mythique, c’était en 2004.

Que retiens-tu de cette première expérience anglaise ?

C’est un championnat où il y a une ferveur extraordinaire, et notamment dans ce club. J’y ai trouvé ma place car Frank Arnesen avait déjà la réputation au PSV Eindhoven de donner leur chance aux jeunes recrutés. Là-bas, j’ai pu confirmer mes aptitudes de joueur physique et montrer que je pouvais m’adapter à l’intensité et l’exigence du jeu anglais. J’ai ensuite été prêté en 2006 à Hambourg puis à Wigan avant de me diriger vers le Calcio, à la Sampdoria, puis j’ai rejoint la Juventus en 2011.

J’imagine que tu es donc polyglotte…

(Il rit) Oui je parle parfaitement le français, l’anglais, l’allemand et l’italien. Je me débrouille aussi pas mal en espagnol !

La Serie A, c’est encore une école de football différente ?

Oui c’est vrai, il y a là-bas une place très importante accordée à la discipline tactique et au mouvement de chacun, un gros travail d’intelligence collective dans les déplacements et dans ce que doivent apporter les défenseurs dans l’animation offensive et les mouvements de repli. J’ai pu y développer ma qualité de centre.

Quand on arrive aussi jeune dans un club étranger on peut compter sur le soutien d’autres joueurs ?

J’arrive facilement à m’intégrer dans la vie de groupe mais il est vrai que dans ma toute première expérience à l’étranger, à Tottenham, j’ai pu compter sur des joueurs qui ont facilité mon adaptation et m’ont aidé à passer la barrière de la langue. Je peux par exemple en citer deux : Noureddine Naybet et Fréderic Kanouté. Ils ont eu un vrai rôle de grand frère en me prenant sous leur aile. Ils étaient de bons conseils.

Tu as une préférence parmi les différents championnats que tu as connus jusqu’à présent (Suisse, Anglais, Italien et Turc) ?

(il hésite) C’est difficile car chacun ma permis de me construire pour devenir un footballeur plus complet aussi sur qu’en dehors du terrain.

Le Championnat français pourrait te plaire ?

Evidemment ! C’est un championnat très dense avec de très bonnes équipes. Il y a une exigence technique car il y a d’excellents joueurs, de la tactique et de l’intensité ; je me sens prêt à relever ce type de défi ! J’avais eu l’occasion d’échanger avec Didier Deschamps sur le projet de l’OM lorsqu’il entraînait le club mais j’avais déjà, à l’époque, choisi la Juventus de Turin.

Puisque tu t’es libéré de ta dernière année de contrat avec la Juve, tu pourrais être en mesure de venir renforcer des effectifs comme Bordeaux, Marseille, Lyon, Saint-Etienne ?

Effectivement tu es bien renseigné. Je suis « free agent » et j’ai donc la possibilité de m’engager avec un club dès maintenant, à tout moment, sans avoir à attendre la période du mercato d’hiver.

Soyons clair, tu es un joueur libre, il y a la CAN qui arrive et tous ces clubs jouent sur plusieurs tableaux… si l’un d’entre eux entre en contact avec toi…

(Il coupe) je fonce bien sûr, c’est très tentant !!! J’aime les équipes qui proposent du jeu.

Comment entretiens-tu ta forme physique en ce moment ?

Je travaille avec le groupe pro du Servette de Genève. Je fais tous les entraînements avec eux et les jours de match je travaille avec un préparateur physique histoire d’être immédiatement opérationnel pour un club comme je te le disais tout à l’heure. Je suis impatient de retrouver la compétition !

En parlant de compétition, quel est le match qui t’a le plus marqué au cours de ta carrière  ?

Lorsque je jouais à Fenerbahçe, il y a eu une confrontation aller-retour contre le Benfica en demi-finale de la Ligue Europa. A l’aller on s’impose 1-0 chez nous dans la ferveur d’Istanbul. Au retour c’était un superbe match avec une grosse ambiance ! A 1-1 on passe tout prêt de rejoindre Chelsea en finale et finalement on se fera éliminer. C’est assez contradictoire mais je garde un beau souvenir de cette émotion lors de ces matchs.

Ziegler Fener

Quels sont les joueurs Esthètes du jeu qui te viennent à l’esprit ?

Je peux citer des joueurs avec qui j’ai évolué ?

Bien sûr…

Je vais d’abord parler de Roberto Carlos : nous jouons au même poste et disons que j’ai une bonne frappe de balle donc je me suis identifié à lui. Il a fait évoluer notre poste par sa puissance, sa disponibilité et sa technique : je m’identifie totalement à son style ! J’ai eu la chance de le rencontrer au club à Istanbul, j’ai pu lui dire que je l’appréciais, qu’il était un exemple pour moi et que j’allais prendre le numéro de maillot qu’il avait porté au Fener (ndlr: le n°3). On a même fait une photo ensemble !!! C’est une superbe personne, je suis fan.

En termes de joueur technique, j’ai eu la chance de jouer avec Cassano. C’est un super joueur qui est très fort, il a une technique incroyable, une excellente vision du jeu. C’était un vrai plaisir de jouer avec lui, il a un gros caractère mais ces dernières années il s’est assagi.

Le troisième joueur, j’ai envie de citer De Sousa, le capitaine du Fener. C’est un joueur magique qui a malheureusement eu la malchance d’évoluer au même poste et à la même période que Ronaldinho. Il n’a pas eu sa chance en Selecao et les gens le connaissent moins mais au quotidien, c’était un régal de le regarder.

Tu as un geste favori que tu exécutes en match ?

Rien de particulier car à mon poste cela peut être risqué…

Tu tires les penalty ou tu passes ton tour ?

Je TIRE ! Je n’ai pas de pression par rapport à ça alors j’y vais. D’ailleurs en Finale du Championnat d’Europe U17, c’est moi qui marque le tir au but décisif ! Je les tire toujours !

Quel joueur a jusqu’à présent été le plus difficile à tenir au marquage ?

En équipe nationale, j’ai eu trois joueurs costauds dans le même match. C’était lors du match face à l’Espagne lors de la Coupe du Monde 2010. Il y a d’abord eu David Silva (City) et Jesus Navas (City) puis Pedro (Barcelone). On a gagné en travaillant en équipe mais j’ai eu un match intense.

L’équipe nationale Suisse est de plus en plus présente ; c’est comment la vie en sélection ?

Il y a vraiment une très bonne ambiance et l’équipe est le reflet de la société suisse. C’est l’équipe Suisse mais avec des joueurs ayant des origines très différentes. Ces sensibilités apportent beaucoup à notre jeu.

Qu’as-tu pensé de votre parcours au Brésil cet été ?

A l’exception du match face à la France on a pu prouver qu’il fallait compter avec nous et cela améliore le vécu du groupe. Nous allons faire le maximum pour nous qualifier pour l’Euro en France et bien y figurer. Nous viendrons avec de grosses ambitions !

Qu’est-ce que les Esthètes du Foot peuvent te souhaiter pour les semaines et mois à venir, à part intégrer rapidement une belle équipe ?

Vous pouvez me souhaiter de rester en grande forme et puis, oui, de trouver un club rapidement. Je n’ai que 28 ans et j’ai encore beaucoup à offrir à un club qui aurait un projet intéressant !

Un grand merci à Reto pour sa disponibilité et sa simplicité. Un joueur que nous continuerons à suivre, et pourquoi pas dans un avenir proche en Ligue 1.

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A propos de l'auteur

Romantique du Football qui aime le beau geste et considère ce sport comme de la poésie en mouvement. Fan de Pelé, Papin, Rooney et CriCri... il aurait mis près de 1037 buts depuis qu'il a signé sa première licence

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