Interview – Séan Garnier – « En termes de technique, c’est un truc de fou »

Premier champion du monde de foot freestyle en 2008 au Brésil et triple champion de France 2009-2010 et 2012 de la discipline, Arnaud « Séan » Garnier est aujourd’hui une des figures incontournables du monde du freestyle. Mordu de ballon et investi d’une mission de développement de sa discipline, le français de 29 ans s’est confié aux Esthètes du Foot dans un entretien en trois parties. Il nous parle dans cette seconde partie de l’évolution de sa discipline et de ses projets autour de l’urbanball.

1274562_644556042232441_1960679817_o

Tu es un peu le pionnier du Freestyle, premier champion du monde de la discipline en 2008 à Sao Paulo, on t’a vu dans les DVD Komball, dans Fifa Street, ça te va ce rôle d’ambassadeur du freestyle ?

C’est ce vers quoi j’aimerais aller. J’aimerais bien développer tous les aspects de la discipline. C’est pour ça que j’insiste d’ailleurs et que je dis Urbanball. Freestyle, ça peut s’adapter au ski, à la danse. Il y a beaucoup de sports qui sont freestyle. Nous, notre freestyle à nous, c’est avec la balle, donc on l’appelle urbanball. Si tu regardes les vidéos, quand je fais de l’expression libre, j’utilise toutes les parties du corps. Tu prends les mains, tu prends les pieds, et tu ne te limites pas aux codes du football parce que quand tu es sur scène, le but c’est pas d’être le meilleur footballeur, mais de faire le meilleur show. Plus tu apprends de techniques diverses, plus tu touches de monde. Après, quand on parle de football, là je fais des 1 contre 1, ça me permet de garder le public « foot » dans les gens qui me suivent. Si une famille vient voir un spectacle et que tu ne fais que des un contre un, ça va aller mais ils auraient peut-être aimé voir des choses un peu plus acrobatiques, le ballon qui tourne sur le doigt ou d’autres choses.

Comment a évolué ta discipline au niveau technique ?

Dans la communauté, en termes de niveau technique, c’est un truc de fou, ça n’a plus rien à voir avec avant. Sur tous ceux qui ont participé à la première édition des championnats du monde en 2008, je suis le seul à m’être qualifié dans le top 16 de l’édition 2013. Tous les autres, ils n’ont même pas passé les qualifications nationales. Tous les jeunes partent maintenant avec les bases, tous nos gestes difficiles de l’époque, qu’on a mis 1 ou 2 ans à  maîtriser,  pour eux maintenant c’est la base. Ils ont toute l’explication, ils n’ont pas besoin de rechercher. En termes d’évolution technique, ça avance vraiment, par contre en termes de créativité, c’est beaucoup moins bien qu’avant parce que les gens font plus du copiage que de la création. Après il reste des individualités qui ont leur propre style.

Et en termes de structures d’encadrement de  l’urbanball ?

Au niveau du foot, il y a la F3, Freestyle Football Federation, dont je suis l’un des représentants. Ils gèrent le football freestyle, la discipline dans laquelle tu n’as pas d’adversaires et où tu fais des jongles avec ton ballon. En France, on a mis en place France Freestyleball, qui est l’association référente de cette fédération internationale. Elle est également référente pour toutes les activités urbanball en France, donc freestyle basket, 1 contre 1, etc… On organise par exemple tous les ans les championnats de France de freestyle foot, de 1 contre 1 et de 3 contre 3 en street soccer. L’objectif c’est d’organiser également le freestyle basket etc…

Tu es impliqué dans tout ce qui tourne autour de l’urbanball, tu continues à pratiquer, comment tu fais pour gérer tout ça ?

C’est un peu dur. J’ai dû apprendre à prioriser et à déléguer. Avec le temps je me suis aussi entouré de personnes pour travailler. J’ai monté une entreprise, une association, ça prend du temps, surtout si tu ne l’as jamais fait avant et si tu n’as pas fait les études pour le faire. J’ai aussi créé le groupe S3 (Street Style Society) avec Andreas, un autre freestyler, avec lequel on organise des shows aux quatre coins de la planète ! Tout ça prend du temps, mais je pense que j’arrive à maturité pour me lancer sur de très gros projets.

Tu as des idées précises ?

Jusqu’à présent, j’ai fait beaucoup de promotion, j’ai fait des shows partout dans le monde, mais c’était souvent pour des événements. Maintenant on m’appelle de plus en plus pour faire des shows, mais l’événement derrière c’est mon show. J’ai un peu fait le tour des compétitions, j’ai quasiment tout gagné, et dernièrement c’est un peu difficile parce que comme je fais beaucoup de shows, je n’ai pas forcément le temps de m’entraîner. Les compétitions, ça n’a rien à voir avec les shows dans la façon de travailler. Du coup, mon objectif premier est de développer le freestyle, de faire des shows partout dans le monde en montrant le côté freestyle et le côté petit ponts et 1 contre 1 contre les gens. Après il y a aussi le projet de jouer contre un maximum de joueurs pro.

Justement, les joueurs pro, parlons-en. Tu te sers de leur visibilité médiatique pour promouvoir ta discipline ?

Exactement, et c’est le meilleur moyen. Après, comme je le leur dis, le but du jeu n’est pas de les humilier. Quand tu tapes Cristiano Ronaldo sur internet, tu regardes ses gestes techniques parce que ça te fait rêver. Du coup je me dis qu’il faut aussi montrer aux gens qu’il y a des freestylers qui font des gestes techniques qui pourraient aussi donner du rêve. Jouer contre les pro en 1 contre 1 pour mettre une sorte de concurrence avec eux,  c’est la meilleure façon de faire ça.

Quel regard ont les footballeurs pro sur les freestylers ?

Ca dépend, mais en général le discours qu’on a c’est « ok, c’est un freestyler mais ça ne sert à rien sur le terrain ». Ma mission c’est de casser cette image là. C’est vrai, tu peux être un bon freestyler et ne savoir rien faire sur le terrain. Mais un freestyler sera forcément un meilleur technicien avec le ballon. L’exemple que je prends souvent, c’est celui des cartes. Mettons que tu joues au poker et que tu sois un super joueur. Tu sais lire le jeu, bluffer et tout, mais au bout d’un moment, le poker te saoule mais ça t’amuserait d’être un meilleur technicien de la carte. Donc tu arrêtes le poker, mais tu gardes toujours un jeu de cartes sur toi et quand tu t’emmerdes, tu t’amuses à mélanger les cartes, et tu apprends à faire tous les mélanges. Au bout de 2-3 mois tu apprends à tout maîtriser et tu décides de montrer ça à tes potes. Tu réalises alors qu’il y a une façon de montrer les choses pour faire le show. Puis tu commences à t’intéresser à une autre façon de maîtriser les cartes qui se rapproche plus de celle des magiciens. Une fois que tu commences à faire des tours de magie avec tes cartes, tu te rapproches un peu de la comédie parce que tu réalises qu’en étant plus interactif, ça marche mieux auprès du public. Tout ça te fait sortir du poker, mais au final, entre le temps où tu jouais au poker et maintenant que tu es un peu magicien, tu es la même personne mais tu es seulement devenu un meilleur technicien de la carte. Cette technique là elle ne te sert à rien dans le poker, tu as juste une vision différente de la carte.

Et c’est pareil pour le freestyle…

Exactement. Je suis sorti du jeu du foot mais je suis devenu un meilleur technicien du ballon. Tout ce que j’ai appris autour me permet d’avoir une meilleure connaissance des choses qui fait que je peux mieux m’adapter en tant que personne dans le jeu. Ça ne fait pas de moi un meilleur joueur du jeu, mais un meilleur technicien de l’objet du jeu.

Tu te définirais comme un Esthète du Foot ?

Un Esthète du ballon je dirais !

Dans la troisième et dernière partie de l’interview, Séan se prêtera au jeu du traditionnel questionnaire des Esthètes du Foot.

Retrouvez les actualités de Séan sur sa page Facebook


A propos de l'auteur

Supporter du PSG depuis tout petit, il est fan de Bergkamp, Henrik Larsson, Inzaghi, Zkatan, Van Nistelrooy, et de ce bon vieux Sammy Traoré. Il aime Paris, et joue toujours au ballon dans son club de toujours, dans le 9-4.

Vous aimerez aussi

Répondre