Interview – Séan Garnier – « Le freestyle, c’est le retour à ce que j’étais à la base »

Premier champion du monde de foot freestyle en 2008 au Brésil et triple champion de France 2009-2010 et 2012 de la discipline, Arnaud « Séan » Garnier est aujourd’hui une des figures incontournables du monde du freestyle. Mordu de ballon et investi d’une mission de développement de sa discipline, le français de 29 ans s’est confié aux Esthètes du Foot dans un entretien en trois parties. Dans la première, il nous parle de son parcours et de sa découverte du freestyle. Rencontre avec un VRAI passionné.

Salut Séan, on va démarrer par la question que tout le monde se pose, comment es-tu venu au freestyle ?

Alors avant je jouais au foot en CFA à Auxerre puis à Troyes. Je m’entraînais avec les pro, mais j’ai eu pas mal de blessures étant plus jeune, et à chaque fois, ça a un peu été pris à la légère donc ça ne s’est pas très bien soigné. La dernière année de ma formation, celle où tu es censé passer pro, je me suis beaucoup blessé alors que c’était l’année cruciale. On m’a proposé de me garder sans me signer de contrat pro. J’ai refusé et je suis parti rejouer en CFA2 à Sens. Puis je suis venu en région parisienne, je devais signer en CFA avec le PSG juste pour une année histoire de m’entraîner et de faire quelques matchs, mais je me suis reblessé. Je suis alors devenu éducateur sportif à Sarcelles où j’étais responsable de l’école de foot, tout ce qui est débutants, poussin et benjamins.

C’est là que tu as commencé à enseigner le freestyle ?

Oui, j’étais un peu déçu du foot et du coup, je donnais la formation nécessaire mais en même temps je souhaitais développer une autre image, un peu plus fair-play, plus technique, histoire de donner la possibilité aux jeunes d’avoir un bagage technique plus intéressant. Je voulais recentrer les choses sur l’individu parce qu’au final, tu joues pour un club mais si tu n’es pas le meilleur, on ne s’occupera pas de toi et tu n’iras jamais dans un grand club. Je voulais donner à tous les enfants une façon d’être plus forts techniquement. Donc j’ai commencé à m’intéresser à la technique en général. Vu que je faisais du freestyle un peu sans le savoir, que j’avais déjà une très bonne technique et que je m’intéressais aux gestes, j’ai commencé à regarder les vidéos, à suivre les premières compétitions, et je me suis lancé comme ça.

Tu bossais ça en solo ?

En fait à chaque fois que j’étais blessé à l’époque, avec les séances de kiné je me mettais sur le côté, je prenais un ballon et je faisais du freestyle. Comme je ne pouvais pas courir… Je me rappelle que même avec la cheville gauche cassée et plâtrée, je m’entraînais, assis, à jongler avec le pied droit, avec la tête…mais je ne savais pas que je faisais du freestyle, je faisais juste ça comme ça.

Quel type de joueur à 11 tu étais ? Un dribbleur ? Un provocateur ?

Plus jeune, j’étais vraiment un dribbleur, ouais, on me disait « lâche ton ballon ». Mais après j’ai appris à jouer simple et je pense que c’est un peu ça qui m’a limité, parce que j’ai trop écouté les coachs. Le freestyle, c’est un peu le retour à ce que j’étais à la base en termes de joueur, de dribbleur.

Ce surnom de Séan, ça te vient d’où ?

Quand je suis arrivé à Sarcelles, personne ne me connaissait vraiment et on m’appelait Sean Paul. Ça me faisait rire et d’une certaine façon ça me permettait de recommencer à zéro une nouvelle vie. C’est d’ailleurs à l’époque où on m’appelait comme ça qu’un des types qui m’avait ramené au club m’a proposé d’aller à une compétition Adidas de 1 contre 1. Je l’ai gagnée et du coup je me suis qualifié pour la compétition nationale avec tous les meilleurs de France. J’ai eu ma grande photo accrochée sur le stade, un grand poster comme une pub, et tous les petits ont ainsi pu me connaître.

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« Get Busy », le mot d’ordre de Séan aka « Sean Paul »

C’est à l’occasion de ce tournoi que tu avais affronté Sidney Govou ?

Tout à fait.

Mais Govou, il donne quelque chose en petits ponts ?

Non, ben non. Il faut savoir que le petit pont ou le 1 contre 1 c’est une discipline spécifique. Même si tu prends le meilleur technicien au football, Neymar, Ronaldo, et qu’il joue contre un joueur de quartier en 1 contre 1, il ne sera pas forcément vraiment meilleur que lui. Par contre, si tu prends un vrai joueur de 1 contre 1, un mec qui fait ça tout le temps, contre un vrai footballeur, il va le tuer parce qu’il y a vraiment une différence, techniquement. C’est bizarre à dire mais c’est la vérité.

 Et c’est cette compétition qui t’a vraiment fait prendre ta décision de te consacrer au freestyle ?

En fait, un peu après, ce même mec qui m’avait parlé de la compétition Adidas m’a dit qu’il y avait une scène à faire, et qu’il aimerait bien que je fasse des jongles. Avant la scène, il m’a dit qu’il allait dire au micro que je m’appelais Sean Paul, que je venais du Brésil, que je ne parlais pas français et que je faisais des jongles ! Je lui ai dit ok, mais que j’aimerais plutôt qu’il m’appelle Séan. Et c’est venu de là. Je suis monté sur scène,  j’ai trop kiffé le délire freestyle, le partage avec les gens, et je me suis dit qu’au final je préférerais m’entraîner tous les jours au freestyle plutôt que d’aller à l’entraînement.

Le freestyle est une discipline large. Tu peux nous en parler un peu pour les lecteurs qui ne connaissent pas ?

Le freestyleball, ou urbanball, est la discipline qui englobe tout. A la base en France ça s’appelait urbanball, c’est un mélange de foot, basket, et danse. Dans tout ça, tu as des spécificités. Le freestyle foot, sans adversaires et dans lequel il faut faire des figures avec un ballon, le freestyle basket, qui est la même chose mais en version basket, le street soccer, qui regroupe toutes les oppositions mais en utilisant les codes du freestyle. Ici le but du jeu est de gagner le match en mettant la misère à tes adversaires. Ça peut être sous différentes formes, 1 contre 1, 2 contre 2, 3 contre 3. Après, à 5 contre 5 c’est du futsal.

Qu’est-ce que tu pratiques dans ces disciplines ?

Je fais tout, c’est vraiment ça qui m’intéresse. J’aime être capable d’être polyvalent, c’est ce qui m’a toujours plu dans le foot, de pouvoir jouer à tous les postes. J’accepte pas forcément qu’on me dise « tu ne peux pas faire ci ou ça », du coup j’ai toujours essayé d’être polyvalent. L’avantage, c’est que je m’adapte vraiment partout mais l’inconvénient c’est que je ne suis pas forcément meilleur dans une des disciplines.

Et aujourd’hui, tu fais des compétitions en futsal ?

Oui, je joue en Ligue 1 française au Kremlin Bicêtre, qui se positionne dans les meilleures équipes du championnat de France. C’est la première année où le championnat est professionnel. Je joue aussi à Marseille dans une ligue privée qui s’appelle Profutsal, qui m’engage pour jouer quelques matchs « All Stars » dans l’année.

Dans la deuxième partie de l’interview, Séan nous parlera de l’évolution de sa discipline, de ses projets et du regard du monde pro sur l’univers du freestyle.

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A propos de l'auteur

Supporter du PSG depuis tout petit, il est fan de Bergkamp, Henrik Larsson, Inzaghi, Zkatan, Van Nistelrooy, et de ce bon vieux Sammy Traoré. Il aime Paris, et joue toujours au ballon dans son club de toujours, dans le 9-4.

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