Jeff Reine-Adélaïde (Arsenal): « Pour moi, il n’y a que du positif »

Révélé au grand public lors de l’Emirates Cup la saison passée avec Arsenal, le jeune milieu offensif de 18 ans Jeff Reine- Adélaïde poursuit son apprentissage du haut niveau au sein du groupe d’Arsène Wenger. Nous sommes allés à la rencontre du jeune Gunner natif de Champigny sur Marne, qui effectue en ce moment même un stage d’avant saison avec le préparateur physique Patrice Moyson. Entretien.

Bonjour Jeff, alors, pas trop dur ce stage de préparation physique ?

Bonjour ! Non ça va, le stage est un bon moyen pour garder le rythme et arriver fin prêt pour la reprise. On travaille beaucoup avec tous les autres footballeurs présents, toujours dans la bonne humeur, c’est ça le principal !

Tu évolues aujourd’hui à Arsenal, peux-tu nous parler un peu de ton parcours jusque là ?

J’ai commencé le foot à 4 ans à Champigny sur Marne, je voyais mon grand frère, qui a 11 ans de plus que moi, aller à l’entraînement au PSG et ça me faisait rêver (ndlr : formé au PSG, Jonathan Reine Adélaïde, 28 ans, évolue actuellement en CFA2 à l’Avoine Olympique Chinon Cinais). Mon père jouait aussi au foot en amateur, et on regardait les matchs en famille. J’ai joué jusqu’à l’âge de 8 ans là-bas, c’était super. Ensuite je suis allé à Torcy, où j’ai vécu des belles années en étant surclassé de deux catégories, avec de très bons coachs qui m’ont fait progresser, je pense notamment à Eric Laclef. J’ai commencé défenseur central pour faire comme mon frère et après je suis passé milieu, attaquant, donc j’ai un peu tout fait.

Tu as ensuite intégré le centre de formation du RC Lens. Comment ça s’est fait ?

Les recruteurs de Lens m’ont vu jouer au cours d’un match avec Torcy contre Vaires, et ils ont bien aimé mon profil. Le club a discuté avec mes parents et j’ai eu la chance de pouvoir intégrer le centre de formation à l’âge de 12 ans. Je suis parti là-bas avec toute ma famille puisque mon frère avait demandé à mes parents que ma famille m’accompagne. Pendant sa formation, lui n’a pas eu la chance d’avoir toute les proches avec lui, donc quand il a connu des difficultés ça a été un peu dur. Il était parti à Châteauroux où il avait signé pro, puis il a eu une grosse blessure, il n’a pas eu de chance. Aujourd’hui c’est un peu une revanche pour lui si j’arrive au haut niveau, c’est aussi ça qui me donne de la force.

Que retiens-tu de tes années de formation à Lens ?

Lens, j’y ai passé 4 ans et c’est là où je me suis épanoui avec de très bons éducateurs qui m’ont laissé jouer mon jeu. Ils m’ont vraiment aidé à gravir des échelons jusqu’à mon premier contrat professionnel. Là-bas on jouait toujours contre des plus grands, en U12 on jouait déjà contre des U14, et toute l’équipe était tout le temps surclassée. Du coup j’ai disputé mon premier match de CFA pendant la saison 2014-2015, j’avais 16 ans et je m’en rappelle très bien, c’était contre Sedan à la maison et il y avait un vrai public. C’était super !

Comment ça se passe en termes d’intensité quand on arrive à 16 ans avec la CFA ?

Pour mon premier entraînement avec la CFA il manquait des joueurs avec le groupe donc je suis allé m’entraîner avec eux. J’ai donné le meilleur de moi même et le coach a apprécié. Il m’a revu en janvier et je suis resté dans le groupe. Après ça, l’entraîneur adjoint des pro est venu nous voir jouer en CFA. La semaine suivante je suis parti préparer l’Euro avec l’Equipe de France des moins de 17 ans et quand je suis revenu du rassemblement, le coach m’a annoncé que j’allais m’entraîner avec les pro. C’était comme un rêve. Je m’entraîne, je pars à Metz pour mon premier match, on perd 3-1, je ne rentre pas, je m’étais échauffé toute la deuxième mi-temps, mais c’était vraiment beau. Et là-dessus je pars à l’Euro des moins de 17 ans.

L’Equipe de France tu y es depuis un moment. Ça fait quoi de recevoir une convocation chez les Bleus ?

Ça fait plus d’un an et demi que j’y suis oui. La première fois que j’ai été convoqué c’est des amis qui me l’ont dit ! Je sortais de l’école, et on m’a dit que j’étais en Equipe de France. Je n’y croyais pas, alors je suis rentré chez moi, je suis allé sur internet et j’ai vu mon nom, j’étais choqué !

Comment s’est passé cet Euro 2015 des moins de 17 ?

J’étais blessé pour le premier match mais derrière on enchaîne jusqu’à la victoire finale où on l’emporte 4-1 face à l’Allemagne. C’était merveilleux et j’ai trouvé un vrai groupe d’amis. Il faut savoir que c’est vraiment dur de supporter la pression tous les jours, quand tu sors des phases de poule tu sais que tout peut s’arrêter à n’importe quel moment sur un match. Il faut vraiment être soudés pour aller au bout, il faut un bon groupe et c’est ce qu’on avait.

2015 a un peu été l’année du tournant pour toi, non ?

Oui, c’est l’année où je pense que tout a basculé. Je suis avec les plus grands en CFA, derrière je passe avec les pro, ensuite on gagne l’Euro, je signe à Arsenal, c’était magnifique.

Arsenal parlons en. Comment as-tu vécu ton adaptation au club ?

Déjà je suis parti là-bas avec ma famille, ce qui a facilité mon adaptation. La première fois que je suis allé au centre d’entraînement, j’arrive, je me change,  on va sur les terrains et là j’ai vu directement que c’était un autre univers. J’ai vu les beaux terrains, c’était de vraies galettes. La qualité des terrains d’entraînement c’est quelque chose, en fait c’est comme si on jouait à l’Emirates !

Et alors, le fameux « jeu à l’anglaise » ?

Pendant les premiers entraînements c’était vraiment dur, vraiment physique. Les pro n’étaient pas encore rentrés de vacances et j’avais repris avec les U21. Je me disais que c’était déjà dur avec les U21 donc j’appréhendais un peu le jeu avec les pro !

Tu as constaté une vraie différence en termes d’intensité par rapport à la France ?

Je dirais que la différence se fait plutôt en termes de physique, d’engagement et de contact. A l’entraînement en France on essaie de retenir nos coups pour ne pas se blesser. En Angleterre on donne tout et c’est vraiment chacun pour sa peau ! On s’entraîne un peu comme on joue en match.

Comment s’est passée la suite de ton adaptation après le retour des pro ?

J’ai fait une semaine d’entraînement avec les U21 avant le retour des pro, et ensuite je suis allé m’entraîner avec eux. D’un coup je voyais toutes les stars. Avant, je jouais avec eux sur la Playstation, et là je m’entraînais avec eux.

Comment tu as vécu le fait de côtoyer tous ces grands joueurs ?

J’étais impressionné au début ! La première fois que je leur ai dit bonjour… en fait je n’arrivais même pas à dire bonjour (il se marre), j’étais impressionné. Au début j’étais timide parce que je suis quelqu’un d’assez réservé, mais après, au fur et à mesure des entraînements, je me suis lâché petit à petit et je me suis de mieux en mieux entendu avec eux. Maintenant on se parle comme des amis.

Tu t’es révélé au grand public lors de l’Emirates Cup l’an dernier. Comment as-tu vécu cette entrée dans le grand bain ?

Avant l’Emirates Cup le coach m’avait annoncé que je ferai le tournoi avec eux. Je suis rentré dans le match contre Lyon, j’ai fait une bonne rentrée et après ça j’ai été aligné contre Wolfsbourg et j’ai fait une passe décisive. C’était un petit début sympa, on va dire ça comme ça.

Tellement sympa que tu as été élu Man of the Match sur cette rencontre !

Oui c’est vrai, mais ça n’est pas un accomplissement. Je pense que c’est juste le fruit de mon travail. Il ne faut pas se prendre la tête, je n’ai encore rien accompli. Quand je regarde par exemple des joueurs comme Santi Cazorla, Özil… ces joueurs ont déjà une belle carrière. Moi je n’ai encore rien fait, donc j’essaie d’avancer jour après jour.

Tu as réussi à t’intégrer au groupe pro, avec même quelques apparitions en FA Cup. Tu peux nous en dire plus ?

J’ai été 10 fois sur le banc avec les pro en Premier League, et je ne suis pas rentré, mais j’ai effectivement eu la chance de rentrer deux fois en FA Cup, la première fois 10 minutes en janvier contre Sunderland (ndlr : victoire 3-1) et ensuite face à Hull City (ndlr : victoire 4-0), où j’étais rentré 20 minutes. Ma première entrée a été une grosse émotion, on jouait à l’Emirates, et ça n’a été que du plaisir. Quand tu entends tout le monde crier, que tu vibres sur chaque occasion, c’est vraiment beau !

Le soutien du public de l’Emirates t’aide à te transcender ?

Quand je suis sur le terrain je ne pense pas trop, je suis plutôt dans ma bulle, mais on entend quand même les supporters qui mettent une superbe ambiance. Quand tu fais une belle action et qu’ils t’applaudissent c’est sûr que c’est sympa à vivre, ça donne envie d’en faire toujours plus pour eux.

Qu’est-ce qui t’aide à progresser au quotidien ?

Je dirais que c’est l’exigence que le coach nous demande d’avoir à chaque entraînement. Je prends souvent exemple sur Coquelin à l’entraînement, c’est celui qui donne vraiment de l’intensité à chaque fois. Il n’est pas là pour s’amuser, et il montre qu’il est présent dans tous les duels.

Si tu devais donner un conseil aux jeunes qui rêvent d’une carrière pro, que leur dirais-tu ?

Je pense qu’il faut tout d’abord croire en ses rêves, et beaucoup travailler parce que le foot au haut niveau c’est énormément de sacrifices. Je dirais aussi qu’il faut savoir rester humble, surtout dans ce sport où rien n’est jamais acquis.

Tu regardes un peu l’Euro ? Qu’en penses-tu ?

Oui, je regarde la plupart des matchs. Je pense que pour l’instant les équipes ne se lâchent pas, c’est vraiment serré comme on a pu le voir entre l’Espagne et la Croatie. J’espère que ça va se lâcher un peu plus pour les phases à élimination directe.

Quel est ton avis sur le parcours de l’Equipe de France et de tes partenaires de club Giroud et Koscielny ?

L’équipe a beaucoup d’individualités et un très bon collectif. Par rapport à toutes les critiques qu’on a pu entendre sur les Bleus, ils font un beau parcours. Giroud est toujours fidèle à lui-même, il marque pour l’équipe, il défend, on l’a par exemple vu contre l’Albanie où il est beaucoup revenu aider derrière. C’est vraiment un bosseur. Il a été beaucoup critiqué mais ce ne sont pas forcément de bonnes critiques parce qu’il fait beaucoup sur et en dehors du terrain. Et Koscielny c’est toujours pareil, c’est le mûr ! Rien ne passe. C’est quelqu’un qui travaille beaucoup pour ses coéquipiers, comme Giroud d’ailleurs.

Un des plus grands Esthètes du Foot est pour nous l’ancien Gunner Dennis Bergkamp. Tu en as entendu parler ?

Oui évidemment, j’ai déjà entendu parler de lui, j’ai vu ses vidéos, et Thierry Henry qui a joué avec lui nous a déjà parlé de son style de jeu. Il nous a dit que c’était quelqu’un qui jouait toujours juste, dans le tempo, qui trouvait la bonne solution et qui, au lieu de dribbler, faisait souvent la passe pour mettre son partenaire en bonne position.

Tu as vu son but face à Newcastle ?

Oui bien sûr ! Il est magnifique, c’est un chef d’œuvre !

Qui sont pour toi les 3 plus grands Esthètes du Foot ?

D’abord Ronaldinho parce qu’il est dans un style que j’apprécie vraiment. Il veut faire plaisir au public, à ceux qui payent leur place pour venir au match. Techniquement il est au-dessus de tout le monde, c’est beau de le voir jouer. Après il y a Zidane, techniquement il n’y avait rien à dire. Et enfin, j’aime bien Neymar parce qu’il est dans le même style que Ronaldinho, il essaie de faire plaisir. Aujourd’hui, tout le monde parle du foot comme de l’argent mais pour moi c’est avant tout un jeu, c’est le plaisir de jouer. Quand je rentre sur le terrain je suis d’abord là pour prendre du plaisir.

Est-ce qu’il y a un geste que tu aimes réaliser ?

(il réfléchit) Non pas vraiment, je n’en vois pas un en particulier.

Est-ce qu’il y a un geste que tu aimerais réaliser ?

Je ne sais pas du tout, en fait je n’ai jamais vraiment pensé à ça ! (on insiste) Peut-être marquer après avoir dribblé toute l’équipe adverse ! Mais attention hein, c’est un rêve !

Quelle est ta plus grande qualité et en quoi peux-tu encore t’améliorer ?

Mon point fort c’est d’abord le dribble. Ensuite sur les points d’amélioration je dois progresser dans la finition et, je pense, avoir plus de statistiques. Les stats c’est quand même important dans le foot. Pour faire gagner l’équipe, il faut quelqu’un de décisif qui fasse des bonnes passes et qui marque.

Qui est le plus grand Esthète du Foot à Arsenal ?

Niveau technique pour moi c’est Santi Cazorla, c’est quelqu’un qui prend du plaisir, et qui a les deux pieds. Il sait vraiment tout faire avec ses deux pieds, tirer les corners, les coup-francs. Il est technique, il peut récupérer des ballons. C’est quelqu’un qui m’impressionne chaque jour à l’entraînement.

Comment vois-tu la saison à venir ? Tu as des ambitions ?

Je la vois bien encore. Pour moi, il n’y a que du positif. Après, j’ai des ambitions comme tout le monde vu que je pense que si on veut réussir au haut niveau, il faut en avoir. Cette saison, ça sera peut-être essayer d’avoir un peu plus de temps de jeu et pourquoi pas marquer mon premier but avec les pro !

Propos recueillis le 24/06/2016

A propos de l'auteur

Supporter du PSG depuis tout petit, il est fan de Bergkamp, Henrik Larsson, Inzaghi, Zkatan, Van Nistelrooy, et de ce bon vieux Sammy Traoré. Il aime Paris, et joue toujours au ballon dans son club de toujours, dans le 9-4.

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