Kevin Ramirez (KB United) : « Le futsal, c’est penser mille fois plus vite »

A quelques jours d’un départ en sélection nationale Futsal pour affronter la Roumanie, le joueur du KB United Kévin Ramirez s’est confié aux Esthètes du Foot dans une interview en deux parties. Il revient dans une première partie sur son parcours, sa saison actuelle avec le KB United Fusal et et nous présente les grandes caractéristiques de sa discipline. Entretien.

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Bonjour Kévin, comment as-tu démarré le foot ?

J’ai grandi à Clermont, et j’ai eu le parcours typique du joueur de futsal français. J’ai commencé en foot à 11, j’étais au centre de formation de Clermont Foot, j‘ai joué dans toutes les catégories nationales là-bas, j’étais 6 ou milieu sur le côté. Après j’ai joué en CFA, et j’ai eu la chance de signer en Espagne en D3. J’ai joué deux ans et demi là-bas, mais je suis arrivé au début de la crise économique, il y avait des problèmes avec les salaires et tout ça. J’ai aussi eu une grosse blessure suite à accident avec un camion qui m’a coupé le muscle du mollet donc je me suis arrêté et je suis allé dans le Sud de l’Espagne. Là-bas, tout le monde joue au Futsal. En fait,  il y a des tournois en été, tous les jours, tous les soirs, alors j’ai commencé à jouer avec mes amis, j’étais plutôt pas mal et j’ai été contacté par une équipe en D3. J’ai commencé à jouer là-bas, et j’ai fini meilleur buteur avec une montée en D2 !

Tu vivais déjà du Futsal à l’époque ?

Oui, le club me mettait un petit travail à côté et je jouais au Futsal. J’avais 21 ans, et après ça j’ai complètement oublié le football, le Futsal est devenu ma passion. D’ailleurs, je ne regarde plus de matchs de foot, à part quelques matchs de Ligue des Champions de temps en temps, mais je ne suis que le Futsal. Je suis un fou du Futsal comme le disent mes coéquipiers ! Je suis resté quatre ans en D2, on avait un bon groupe, une famille. J’étais à l’aise, et j’étais près de ma famille également.

Tu jouais quel poste ?

A la base je jouais un peu plus devant mais là je me suis reconverti en défenseur. En foot à 11 je jouais 6 ou milieu sur les côtés, mais j’ai vu qu’à 11 le football c’était trop physique et qu’il valait mieux s’écarter (rires) ! Après ça j’ai eu la chance d’être contacté par une équipe en Angleterre, Baku United, c’était une équipe avec un sponsor d’Azerbaïdjan. Je voulais apprendre l’anglais donc ça a été une opportunité très intéressante. J’ai pu apprendre la langue, je me débrouille pas mal maintenant, et ça a été une expérience très intéressante du point de vue économique et sportif parce que c’était une grosse équipe. Il y avait des très grands joueurs, des champions d’Europe, des champions du Monde.

Quel est le niveau du championnat anglais de Futsal de D1 ?  

Le niveau en Angleterre est très faible, la première division était inférieure au niveau de la D2 espagnole. Mais notre équipe était une très grosse équipe, il y avait des gros salaires et on dominait vraiment le championnat. Je suis resté deux ans et demi et en fin de saison je suis parti trois mois en Azerbaïdjan pour jouer les playoffs et des tournois en fin de saison, c’était également intéressant financièrement parlant, ça m’a permis de recharger les piles ! C’était une bonne expérience, plus exotique on va dire.

Quel a été le bilan de cette expérience ?

On a tout gagné, j’ai été meilleur joueur, meilleur buteur des playoffs et du Final Four, et pourtant je suis défenseur. Je ne sais pas comment j’ai fait ! En Azerbaïdjan j’ai aussi été meilleur joueur alors qu’il y avait pas mal de Brésiliens là-bas. L’année d’après j’ai signé en République Tchèque et la particularité était que les championnats étaient diffusés le vendredi à la télévision et que les joueurs pouvaient jouer avec une double licence. Il y en avait qui jouaient en Futsal en première division et qui jouaient aussi en D1 ou D2 tchèque de football le dimanche.

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On imagine que la médiatisation est très différente là-bas ?

Pour moi c’est ce qui fait la différence entre les pays de l’Est qui diffusent leurs matchs sur les chaînes principales et les pays comme la France ou l’Angleterre qui ne diffusent pas. La médiatisation, c’est très très important. Les gymnases étaient beaux et bien remplis, on avait parfois 2000 à 3000 personnes. En France, je n’ai jamais vu ça, et je ne sais pas si je le verrai un jour. Quoique, une fois avec l’Equipe de France, à Mulhouse, on a eu 3500 personnes.

Où as-tu ressenti le plus de ferveur ?

Je pense que c’est en Azerbaïdjan. Je pense que c’est aussi parce que je suis arrivé pour les playoffs, dans la dernière ligne droite. J’ai senti une grosse ferveur, mais c’est également lié au fait que le Futsal soit le premier sport là-bas, devant le football.

Quel est ton avis sur le championnat tchèque ?

C’est un championnat intéressant, avec de bonnes équipes et de bons joueurs. On a fait une bonne saison, on perd en finale de coupe et en demi-finale des playoffs. Je finis troisième meilleur joueur du championnat donc je suis content de l’expérience. Après, le Futsal et ses problèmes économiques m’ont rattrapé, on signe des contrats mais on ne sait pas bien s’ils sont valables ou pas, il y a toujours un peu cette forme de précarité dans le Futsal.

En parallèle à cela, tu évolues avec l’Equipe de France de Futsal. Comment ça s’est fait ?

Déjà j’avais la nationalité espagnole, je n’étais pas français parce que j’étais parti à 17 ans et que je n’avais pas fait la démarche pour obtenir la double nationalité. J’ai parlé avec le coach qui m’a dit de faire les démarches nécessaires et j’ai donc fait ça il y a deux ans. J’ai ensuite eu la chance de pouvoir intégrer le groupe de l’Equipe de France dans lequel j’ai été bien accueilli par tout le monde. J’ai depuis constaté un réel progrès parce que quand je suis arrivé, l’équipe ne s’était pas qualifiée pour le tour principal de l’Euro. Depuis, on s’est toujours qualifiés pour les tours principaux. On ne s’est pas qualifiés pour la phase finale de l’Euro ni pour la Coupe du Monde parce que la zone Europe est vraiment très chargée, mais il y a une nette progression que je constate aussi en championnat.

Tu es revenu cette année en France au Kremlin Bicêtre United Futsal, champion de France en titre. Tu es arrivé avec quelles ambitions ?

L’ambition c’est de remporter tous les titres. Dans le championnat régulier il n’y a pas de problème mais ensuite il ne faut pas se rater en playoffs où ça se joue sur une demi-finale et une finale. Toute la saison se jouera donc sur deux matchs. En coupe d’Europe on a fait le maximum en rentrant dans le top 16.

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Tu vois qui pour la lutte pour le titre ?

Pour l’instant on n’a perdu qu’un seul match en championnat, face à Toulon il y a trois semaines ou un mois. On avait pas mal d’absents, après, Toulon a fait un bon match. Ils sont cinquièmes, mais ils ont signé des joueurs à Noël et ils ont une bonne équipe. Après il y a le Sporting Paris qui est toujours là, c’est le plus titré des clubs je crois. Il y a aussi Garges que l’on joue samedi, une belle équipe aussi, assez physique, et Douai, une équipe du Nord. Ce sont les cinq équipes qui peuvent, je pense, remporter le titre.

Tu penses que le niveau en France n’est pas homogène ?

Je pense qu’il y a encore beaucoup à faire en termes de formation pour élever le niveau. Et je le répète, je ne parle pas que des joueurs. C’est bien beau de former des joueurs mais il faut aussi avoir des dirigeants compétents, des clubs avec des compétences, ainsi que des formations et des structures adaptées.

Comment définirais-tu le Futsal en trois mots ?

Le Futsal c’est la prise de décision. Il faut penser mille fois plus vite. Cinq secondes au foot c’est une demi-seconde au Futsal.

Quelles sont les qualités d’un bon joueur de Futsal ?

Pour moi ce serait l’intelligence parce qu’il faut voir beaucoup plus vite, et bien occuper les espaces.

Vous avez beaucoup de tactique ?

Oui, ça ressemble plus au basket dans ce sens. On le répète et les gens ne le croient pas trop quand on le dit, mais il y a des blocs, beaucoup de mouvements sans ballons…

IMG_7631_1_editAu niveau physique, quelles sont les différences avec du football classique ?

C’est plus intense sur des espaces beaucoup plus courts. Le Futsal est un sport de pivot, ça se joue sur du 3-4 mètres, on s’arrête, on repart, on s’arrête, on repart. On est tellement pressés qu’il faut attaquer sa balle et savoir où on va la donner avant de la recevoir.

Tu as besoin de travailler plus spécifiquement par rapport aux contraintes du sport ?

Malheureusement en France les clubs sont pour l’instant assez limités financièrement. Par exemple, on n’a pas de préparateur physique au club, donc on doit aussi se prendre en charge de façon à être le mieux possible. De mon côté, je fais appel au préparateur physique Patrice Moyson, qui a une très bonne analyse et qui sait parfaitement comment faire progresser ses joueurs.

Quels types d’exercices travaillez-vous aux entraînements ?

On fait pas mal de circuits training avec beaucoup de slaloms, des rotations, des multisauts pour travailler l’explosivité. C’est un autre type d’effort que celui du football à 11.

Un joueur de 2m peut-il jouer au Futsal ?

Oui, on va justement en affronter un demain qui fait 2m de haut et presque 1m de large ! Mais c’est un pivot, c’est le poste assez spécifique pour les gens plus costauds. Le pivot est vraiment très très important au Futsal.

A ce propos, quels sont les grands postes du Futsal ?

Déjà le gardien qui peut sortir et jouer au pied, c’est un poste très important. Le meilleur du monde, Higuita,  joue au Kazakhstan, et il est meilleur que moi en tant que joueur ! Il joue comme un joueur et il arrête comme un gardien. J’en profite pour placer une petite dédicace à Yassine, notre gardien au KB, pour qui ça va bien avec les pieds. Après il y a le fixe, qui est le défenseur, les deux ailiers, et le pivot. Mais ce n’est pas un attaquant, c’est un pivot. Ça joue en déviation, on joue pour lui, ça remise, ou il peut tenter de se retourner.

Tu rejoues parfois en football à 11 ?

Ça fait des années que je n’y ai pas joué, mais là si je rejoue à 11 je pense que je serai perdu, je ferai des contrôles semelle avec les crampons et le ballon me passerait sous le pied (rires) ! Je fait du foot à 7 parfois en Espagne, ça passe !

Retrouvez la seconde partie de notre entretien avec Kévin Ramirez qui nous parle de la sélection nationale et de sa vision de l’avenir du Futsal !

Propos recueillis le 18 mars 2016 – Credits photos: KB United Officiel – Aurelien Schellhaas

A propos de l'auteur

Supporter du PSG depuis tout petit, il est fan de Bergkamp, Henrik Larsson, Inzaghi, Zkatan, Van Nistelrooy, et de ce bon vieux Sammy Traoré. Il aime Paris, et joue toujours au ballon dans son club de toujours, dans le 9-4.

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