Kévin Ramirez (KB United) : « Mon objectif est de promouvoir le Futsal en France »

Après nous avoir parlé de son parcours, de sa saison actuelle et des caractéristiques du Futsal, le joueur du KB United Kévin Ramirez revient dans la seconde partie de cet entretien sur la sélection nationale et sa vision de l’avenir de sa discipline.

10922521_1535436746726657_7660239435389930915_n

Tu as été convoqué pour le prochain rassemblement de la sélection nationale Futsal. Que peux-tu nous dire sur les Bleus ?

En équipe de France c’est une année de transition puisqu’en décembre dernier on a joué les qualifications pour la Coupe du Monde. On est passés près de l’exploit. Je crois que c’est la meilleure performance qu’ai réalisée l’Equipe de France Futsal. On a fait 2-2 contre la Slovénie qui est la nation numéro 8 mondial, on a perdu 3-2 dans les dernières minutes contre la République Tchèque, qui est 7e au niveau mondial, et on a perdu contre le Kazakhstan qui a fini 3e aux derniers championnats d’Europe. On a titillé les grosses nations du Futsal Européen et mondial donc maintenant il reste à encore plus travailler. Là on part à Toulouse jouer la Roumanie, une grosse écurie européenne, sur deux matchs mardi et mercredi histoire de juger notre niveau et continuer à aller de l’avant. On a du potentiel mais il faut l’exploiter et continuer à travailler.

C’est fréquent ce genre de rassemblement avec deux matchs sur deux jours ? Vous arrivez à enchaîner avec des intervalles de récupération aussi courts ?

Oui, on joue deux matchs d’affilée à chaque rassemblement, en général face à la même équipe. On peut enchaîner les matchs vu qu’on a le staff médical qui nous prend en main. En club cette saison avec la coupe d’Europe on jouait parfois trois matchs en quatre jours.

Que penses-tu des clubs de foot à 11 qui se plaignent des calendriers surchargés quand ils jouent trois matchs dans la semaine ?

Qu’ils viennent avec nous une semaine ! Qu’ils ramènent un joueur de 11 avec nous pour qu’on puisse voir ce qu’il devient (rires) ! Avec les coupes il nous est parfois arrivé de jouer 4 matchs dans la semaine !

Le groupe de l’Equipe de France vit bien ?

Oui bien, très bien. Sur les dernières compétitions je n’avais jamais vu le groupe aussi soudé. C’est peut-être un détail mais on jouait ensemble aux cartes, on se rejoignait tous dans la chambre du médecin et on lançait des parties. C’est ces petites choses qui font avancer le groupe. Maintenant pour les prochaines sélections il y a 5 ou 6 nouveaux qui vont intégrer l’équipe. J’espère que ça va bien se passer, en tout cas on a confiance en eux.

Tu vois des nouvelles générations arriver avec un niveau intéressant ?

Oui, par exemple il y a un petit jeune qui va intégrer le groupe de l’Equipe de France lundi, il s’appelle Andrade et il joue à Garges. Je l’avais vu et il m’avait pas mal plu, j’en avais d’ailleurs parlé au coach. Il y a d’autres petits jeunes que j’ai trouvé personnellement pas mal quand on avait joué contre eux. J’espère qu’ils vont bien s’intégrer, mais je n’en doute pas. On va faire en sorte de les mettre dans les meilleures conditions.

Vous avez le temps de travailler la tactique pendant les rassemblements ?

Malheureusement on n’a pas trop le temps donc on se base un peu sur les tactiques des clubs. Après, chaque joueur ajoute ce qu’il peut apporter et ce qu’il voit comme intéressant. Le sélectionneur Pierre Jacky nous fait confiance donc on se donne à fond.

10931250_1021395621210926_3805383316417902567_n

Vois-tu une évolution du Futsal en France ?

Je constate une évolution dans la mentalité du futsaler français. On va dire que ça se professionnalise un peu, on prend conscience que le Futsal est une discipline à part entière et on oublie peu à peu cette idée du Futsal comme un sport de quartier. Le Futsal est en train de prendre une réelle ampleur, c’est un sport qui se développe et qui est d’ailleurs le premier sport UNSS en France.

Tu penses que les pouvoirs publics, les décideurs, les sponsors, les chaînes de télé se rendent compte de ça ?

Je ne pense pas. Maintenant qu’est-ce qu’on peut y faire ? En tant que joueurs de l’Equipe de France on a un rôle d’ambassadeurs donc on doit essayer de promouvoir ce sport, chacun à notre façon, en fonction de nos moyens. Il faut que la Fédération mette les moyens et travaille main dans la main avec les clubs, il faut être plus solidaire. C’est un peu comme les Féminines, ils ont mis des moyens et maintenant c’est en plein boom. Le Futsal est un marché à prendre avec un gros potentiel en France.

Les joueurs de D1 Futsal vivent-ils de leur sport ?

Non, au contraire, la grande majorité des joueurs travaille. La majorité des contrats sont plutôt des contrats d’avenir ou des choses dans le même genre. La Fédération nous avait parlé de faire des contrats fédéraux mais ça reste un projet, on est pour l’instant dans l’attente.

Comment expliques-tu les différences qu’il peut y avoir entre la France et l’Espagne en termes de culture Futsal ?

Je me pose parfois la question. Sincèrement, je pense que la France a 25 ans de retard sur l’Espagne au niveau Futsal. En Espagne, tout le monde joue au Futsal, là-bas ils peuvent commencer par ça alors qu’ici en France tout le monde joue au foot et commence ensuite le Futsal. Personnellement j’ai commencé le Futsal à 19 ou 20 ans. Mais je pense que c’est un peu en train de changer. Julien Sablé, l’ancien joueur de l’ASSE qui s’occupe de jeunes là-bas, m’avait dit qu’une fois par semaine ils faisaient du Futsal à l’Académie de Saint-Etienne.

Quelles sont tes perspectives personnelles ?

Je comptais rentrer en France passer des formations et notamment mon BPJEPS d’activité pour tous pour être éducateur ou bien travailler dans une association parce que j’ai aussi une école de Futsal à Malaga avec le sélectionneur de Gibraltar. Mon principal objectif c’est de promouvoir le Futsal en France.

Avec Ricardinho
Avec Ricardinho

Comment le promouvoir ?

Ici on ne travaille pas assez la formation des jeunes à partir de 7 ans, on récupère plutôt les joueurs entre 14 et 16 ans, qui veulent faire du Foot EN SALLE (il insiste). Mais ce n’est pas du foot en salle, c’est du Futsal, c’est une autre discipline spécifique, ce n’est pas du foot. Il faut également inculquer les valeurs du Futsal, qui a une vocation socio-éducative. Il faut rappeler que c’est un sport qui a été créé dans les années 30 en Uruguay pour éviter les conflits dans les quartiers défavorisés. En France le Futsal a une image un peu ghetto mais on est en train de faire en sorte qu’on change cette image. Après, moi je comprends, je suis issu d’un quartier de Clermont et quand je vais au gymnase, c’est la guerre. Au plus haut niveau c’est plus carré, plus structuré, ça n’a rien à voir avec ça. Mais ce souci d’image est un problème spécifique à la France. Dans les pays étrangers je n’ai jamais vu cette notion de Futsal catalogué « quartier ». Je n’ai vu ça qu’en France.

Tu te vois coach à l’avenir ?

Peut-être. Pour l’instant je ne m’y vois pas mais dans les dernières équipes où j’étais j’ai toujours été premier ou deuxième capitaine, et c’est vrai que j’ai des facilités à communiquer. Après c’est peut-être aussi que je suis un peu fou (rires), ça doit être un peu des deux. J’aime bien apprendre et transmettre même si parfois la forme que j’utilise n’est pas forcément la plus appropriée…des fois, sur le terrain, il y a trop d’adrénaline donc je m’exprime d’une mauvaise façon mais bon…

Qui sont pour toi les 3 plus grands Esthètes du Foot ?

Niveau foot je vais dire Zidane évidemment, après je dirais Riquelme parce qu’il avait la classe. Il était nonchalant mais je ne sais pas, on dirait que c’était facile pour lui, il n’était pas rapide mais tellement beau à voir. Enfin, je vais dire Iniesta. Comment il fait pour ne pas perdre la balle avec 3-4 joueurs sur lui ?

Quel est le geste que tu aimes réaliser sur le terrain ?

Le passement de jambes, je l’ai ramené du football celui-là. Sur les côtés je faisais un passement de jambes pour déborder et aller centrer. C’est plus compliqué à passer en Futsal, il y a moins d’espace, donc il faut une très bonne coordination et beaucoup d’entraînement.

Tu travailles ce genre de choses aux entraînements ?

Parfois oui, mais je travaille plus les coudes à l’entraînement (rires). Je joue beaucoup avec les bras, ça aussi je l’ai ramené du football. Il y a énormément de vice dans le Futsal. Je fais quelques petites interventions sur le Futsal en Espagne et quand je parle aux jeunes là-bas je leur dis que le Futsal c’est du théâtre. Même quand on n’a pas la balle il faut s’arrêter, demander la balle, il faut pousser quand le ballon est là-bas ou tirer le maillot. C’est du vice, et au haut niveau il faut savoir le faire pour ne pas se faire marcher dessus.

Quel est le geste que tu aimerais passer en match ?

Le Akka de Séan Garnier ! Tu as vu Ricardinho au dernier Euro ? D’ailleurs j’ai son maillot à Ricardinho, on a joué à Madrid contre lui et il m’a donné son maillot. Après, quand j’essaie de faire le Akka mon genou se casse un peu, donc je ne fais que le « A », le « K » je ne le fais pas (rires) !

Ricardinho scores incredible Futsal goalUnbelievable goal by Ricardinho – no.9’s reaction says it all! High quality video ► http://bit.ly/ricardinho-golazoWatch Euro 2016 Futsal on Eurosport and eurosportplayer.com

Posté par Eurosport sur dimanche 7 février 2016

Qui est le meilleur joueur avec qui tu as joué ?

Je l’ai toujours dit et je le répèterai, c’est Arnaldo le capitaine du Portugal. J’ai joué avec lui en Angleterre. C’est celui qui m’a le plus impressionné offensivement, défensivement, en termes de mentalité. Je ne sais pas comment il faisait pour être aussi régulier. Il pouvait jouer partout sauf pivot, et j’ai énormément appris de lui, je lui posais beaucoup de questions. Il a disputé le dernier Euro et il joue en Italie maintenant, dans un des meilleurs championnats d’Europe. La fédération italienne mise pas mal sur le Futsal, la D1, la D2 et la D3 sont par exemple retransmis à la télé.

Kévin RamirezQuel coach t’a le plus marqué dans ton parcours ?

Mon premier coach Angel « Toto », il se reconnaîtra ! Ce n’était peut-être pas le meilleur, mais en termes de psychologie il était au-dessus des autres. Il savait gérer un groupe, il y avait des fortes têtes, on était des fortes têtes, mais il parlait avec tous les joueurs, il savait nous recadrer quand il le fallait.

Pour conclure qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour l’avenir ?

Une qualification pour une phase finale de Coupe d’Europe ou de Coupe du Monde, c’est un rêve. Ça va être très difficile mais rien n’est impossible !

Propos recueillis le 18 mars 2016

A propos de l'auteur

Supporter du PSG depuis tout petit, il est fan de Bergkamp, Henrik Larsson, Inzaghi, Zkatan, Van Nistelrooy, et de ce bon vieux Sammy Traoré. Il aime Paris, et joue toujours au ballon dans son club de toujours, dans le 9-4.

Vous aimerez aussi

Répondre