Les déclarations d'Ancelotti: les Africains physiques de L1

D’après les traductions de son entretien à la Gazetta dello Sport, Ancelotti aurait entre autres choses déclaré : « Par rapport aux autres grands championnats, la Ligue 1 est plus physique et moins technique, car il y a plus d’Africains et moins de Sud-Américains. Mais tactiquement, il y a plus de variété qu’en Angleterre. Le dernier de la L1 peut te proposer un problème tactique à résoudre. En Angleterre, ce n’est pas difficile. Ils jouent tous de la même façon. La Ligue 1 se rapproche assez de l’Italie. Je m’attends à quelques soucis ». Retour sur ces déclarations.

Ligue 1 et Serie A

Il est bon de reconnaitre les fortes similitudes entre les deux championnats. On tend à grandement sous évaluer la Ligue 1 par rapport à la Serie A qui n’existe que grâce au nombre plus élevé d’équipes « moteurs ». En 108 ans d’existence, le trophée a été attribué 27 fois à la Juventus Turin (hors polémiques, la Juventus a esté afin d’obtenir réattribution des 2 titres dont elle a été déchue lors du Calciopoli, affaire à suivre…), 18 fois (moins 2 si l’action de la Juventus aboutit) à l’Inter Milan et à l’AC Milan. Ces trois clubs cumulent donc 58% des titres du Calcio. En 73 ans d’existence, les clubs les plus titrés de Ligue 1 totalisent un peu plus d’un tiers des titres (37,5% exactement pour 72 titres, la saison 1993 n’ayant étrangement pas été attribuée, 10 pour l’ASSE, 9 pour l’OM et 8 pour le FC Nantes).

La Ligue 1, un championnat physique

Je souhaiterais ici revenir sur la phrase: « la Ligue 1 est plus physique et moins technique, car il y a plus d’Africains et moins de Sud-Américains ». Avec ce raccourci contestable, le Mister laisse à penser que contrairement aux Sud-Américains (pour l’immense majorité formés en Amérique du Sud), les « Africains » de L1 (dont beaucoup sont formés en France) ne seraient pas des joueurs techniques, et que le faible niveau technique de notre championnat serait lié à leur présence.

D’après les propos d’Ancelotti, on aurait donc d’un côté le joueur sud américain capable d’effectuer un contrôle, une passe et un mouvement pour offrir une solution, puis d’enchaîner avec un dribble réussi, une sorte de Nene. De l’autre côté on trouverait le grand costaud africain, pour ne pas dire black, un monstre physique plus limité techniquement. Je penserais d’office à Tiéné pour le côté limité techniquement mais il n’est pas si physique que ça. Mettons donc Souleymane Diawara. Nene versus Souley, ou la caricature improbable qui prouve que les débats incessants sur le sujet depuis plusieurs années ne font pas vraiment avancer les choses. Qu’appelle-t-on africain? Les propos d’Ancelotti ne laissent pas grand place au doute, africain=black costaud, autant dire qu’on n’est pas loin des grands stéréotypes.

Comme d’habitude dans ce genre de déclarations, mettre tout le monde dans le même panier, c’est prendre le risque de devenir peu crédible car:

1) on peut être africain, black et technique, je pense à Pitroipa

2) on peut être africain, pas black et technique, je pense à Belhanda

3) on peut être sud américain, physique et pas vraiment technique, je pense à Lugano

4) on peut ne pas être africain ni sud américain et être physique et technique, je pense à Giroud

Nous ne contestons pas ici le constat que la L1 est un championnat physique avec une majorité de joueurs qui sont avant tout des joueurs athlétiques. Mais attribuer l’origine de l’aspect physique de la L1 aux joueurs « africains », en plus de faire preuve d’une certaine maladresse dans la formulation, c’est surtout prendre la question à l’envers. La Ligue 1 n’est pas physique parce qu’elle compte beaucoup de joueurs « africains », elle est physique car les critères de détection des joueurs sont d’abord basés sur les capacités athlétiques, au détriment parfois des capacités techniques. Le deal est simple, si tu n’as pas le physique recherché, tu peux oublier le foot en pro.

Ancelotti élude donc dans ses propos le problème de fond et détourne l’attention des véritables responsables de cette focalisation sur le développement athlétique par rapport aux qualités techniques. Ne lui en déplaise mais les responsables de la « dérive » physique de la L1 qui fait que notre championnat est aujourd’hui moins attractif que la Premier League ou la Liga sont les dirigeants et les entraîneurs qui définissent les modalités de l’offre et de la demande de joueurs sur le marché en définissant les profils de joueurs sélectionnés pour intégrer les centres de formation, la politique de formation qui y sera suivie et les besoins dans les équipes professionnelles. Les joueurs ne font que répondre à ces lois économiques basiques de l’offre et de la demande. Aujourd’hui, si un entraîneur veut un onze de « déménageurs », il pourra l’obtenir car c’est ce que l’on trouve en nombre sur le marché des joueurs de football en France.

La difficulté réside évidemment dans l’équilibre à trouver entre les axes de développement physique et technique des joueurs dès leur plus jeune âge. Considérer qu’il y a un lien direct entre les lacunes techniques de la L1 et la présence de joueurs « Africains » est donc un raccourci de pensée bien contestable.

Réfléchir à un nouveau modèle

Pour s’attaquer au problème qui fait que la L1 est aujourd’hui un championnat moins attractif que les autres, Ancelotti pourrait, avec le DTN, le sélectionneur national et ses confrères entraîneurs de clubs professionnels discuter d’une nouvelle orientation à donner au football français face à ses contradictions. J’entends par contradiction le fait de posséder des joueurs intrinsèquement bons mais rarement capables de produire un semblant de jeu. L’avènement de ces générations « développé couché » (ou alors c’est alimentaire, le bœuf aux hormones et autres cochonneries certainement…) explique l’ascenseur émotionnel (cf Gad) qu’ont connu tous les supporters de l’équipe de France suffisamment âgés pour se souvenir de la Bulgarie et de Kostadinov.

Ahhh le fameux « muscle ton jeu » d’Aimé Jacquet à Robert Pirès en 1998 nous aura fait du mal. Le sélectionneur tricolore soulevait les faibles aptitudes de notre Pirès national (qui joue aujourd’hui en Inde!) à relever les défis physiques imposés par ses adversaires. Aujourd’hui, et après 14 ans de formation française basée sur un jeu plus « musclé », le débat sur un retour en arrière vis-à-vis de ce modèle est ouvert afin d’être en mesure de produire un jeu plus léché et plus proche de ce qui se fait de mieux en Europe: la sélection espagnole.

Et pour tous ceux qui pensent encore qu’on ne peut être à la fois physique et technique, je vous invite en cette période de CAN à suivre l’équipe des Black Stars du Ghana, ou tout simplement à aller jeter un œil à certains pédigrées tel que Zlatan Ibrahimovic ou Cristiano Ronaldo.

Pour conclure, quoi de mieux qu’une ode au plus physique et technique des italiens…Monsieur Pippo Inzaghi: « Pippo… je le prendrais toujours. Son seul défaut, c’est l’âge », même si je dirais plutôt que c’est son genou gauche. On comprend rapidement quel est l’archétype de joueur qu’Ancelotti affectionne, peut-on réellement lui en vouloir ?

N’hésitez pas à partager les articles à l’aide des boutons Twitter et Facebook et à laisser des commentaires dans l’espace en bas de l’article.

A propos de l'auteur

Supporter du PSG depuis tout petit, il est fan de Bergkamp, Henrik Larsson, Inzaghi, Zkatan, Van Nistelrooy, et de ce bon vieux Sammy Traoré. Il aime Paris, et joue toujours au ballon dans son club de toujours, dans le 9-4.

Vous aimerez aussi

1 Commentaire

Répondre