L’Euro 2012 en pronostics, l’approche "Money Scoring Goals"

L’objectif de cet article est de vous présenter l’approche « Money Scoring Goals » développée dans un article de la recherche économique d’Unicredit rédigé par le Dr. Andreas Rees (Unicredit Bank) et édité par Erik F. Nielsen (UniCredit Bank London).

Le concept

A l’heure où la question des transferts et de la valeur économique des joueurs de football entre dans les débats quotidiens, une étude publiée par la recherche économique d’Unicredit nous offre un éclairage sur les liens entre la valeur marchande des joueurs et les résultats sportifs. L’idée derrière le « Money Scoring Goals » est de chercher à établir un modèle d’aide aux prévisions des résultats en matière de football. Partant de cet objectif, l’article d’Unicredit se penche bien évidemment sur l’Euro 2012 afin de tenter d’en déterminer l’issue sportive la plus probable, qui est évidemment une victoire de la Roja, l’équipe d’Espagne championne d’Europe en titre et championne du monde. L’approche « Money Scoring Goals » de prévisions des résultats réside dans  un grand concept: celui de la valeur d’un joueur/d’une équipe. Par valeur nous entendons ici valeur « marchande », exprimée en euros, et censée refléter directement le niveau d’un joueur/d’une équipe en partant du principe de base que plus la valeur d’un joueur/d’une équipe est élevée, et plus le niveau de ce joueur/cette équipe est lui-aussi élevé ! Dans le cadre de l’étude sur l’Euro 2012, l’article d’Unicredit cherche donc à déterminer une bonne approximation de la « valeur » de toutes les équipes nationales présentes en Pologne et Ukraine en vue de proposer un pronostic sur l’issue de la compétition.

La détermination de la valeur des joueurs et des équipes

Comment déterminer cette valeur ? Le site www.transfermarkt.co.uk (pour les anglophones) nous fournit les valeurs de marché théoriques des joueurs, basées sur un consensus de marché (les internautes donnent leurs estimations). Il est alors très facilement possible de faire la simple addition des différentes valeurs des joueurs pour  obtenir la valeur des équipes présentes en Pologne et Ukraine. L’idée est ici que la somme des valeurs des 23 individualités de chaque équipe nationale permet d’approcher la valeur globale de l’équipe nationale. Les tableaux suivants présentent les huit équipes théoriquement les plus fortes (Chart 3, en rouge) et les huit équipes théoriquement les plus faibles (Chart 4, en gris) en termes de valeurs.

D’après les calculs réalisés dans l’étude, l’Espagne dominerait largement la compétition avec une valeur cumulée de ses 23 joueurs de plus de 650 millions d’euros là où l’Allemagne, seconde nation en termes de valeur cumulée des joueurs, dépasserait à peine les 450 millions. Pour établir des « prévisions » suivant ce modèle, il convient, après avoir déterminé les valeurs des équipes, d’opposer de façon assez simple/simpliste les valeurs marchandes des équipes pour obtenir le résultat d’un match, l’équipe possédant la valeur la plus élevée des deux remportant la rencontre.

Les résultats présentés dans l’étude

D’après le modèle, les qualifiés des différents groupes seraient:

Groupe A: Russie (sic…) et République Tchèque

Groupe B: Allemagne et Portugal

Groupe C: Espagne et Italie

Groupe D: Angleterre et France

Nous aurions donc en quarts (en gras le qualifié) un Russie-Portugal, un Allemagne-République Tchèque, un Espagne-France sanglant et un Angleterre-Italie. Pour les demi, ce serait un Portugal-Espagne avec des larmes de Cristiano et un Allemagne-Angleterre. La finale épique et le tant attendu Espagne-Allemagne rendant son verdict en faveur de la Roja qui enchaînerait un troisième titre international d’affilée.

Un modèle limité et à compléter

Le modèle proposé dans l’étude est, vous l’aurez compris, assez limité dans la forme brute proposée par l’article d’Unicredit. L’étude n’a évidemment pas vocation à définir un modèle exact mais plutôt à ouvrir un champ de réflexion permettant une étude complémentaire en vue d’affiner le modèle. Plusieurs limites évidentes, soulignées dans l’article, sont à mettre en avant. Tout d’abord, une équipe n’est pas QU’une somme d’individualités, c’est effectivement une somme de talents individuels + un facteur groupe et entente entre ces individualités, le collectif. D’autres facteurs pourraient être intégrés comme le sélectionneur ou des aléas supplémentaires, comme le fait de jouer à domicile par exemple. Deuxième point de réflexion, le modèle proposé est purement binaire à savoir qu’il n’offre que les choix de victoire et de défaite, sans intégrer la possibilité de match nul entre deux équipes, ce qui crée une limite évidente notamment dans l’étude des phases de poules (à aujourd’hui, 5 matchs de poule de l’Euro sur 18 se sont soldés par des résultats nuls). Enfin, les valeurs des joueurs elles-mêmes sont approximatives puisqu’elles intègrent dans leurs modalités de calcul la dernière valeur « transfert » des joueurs. Un Fernando Torres ou un Carroll sont donc largement surévalués par rapport à leur « vraie » valeur d’achat au jour d’aujourd’hui.

A propos de l'auteur

Supporter du PSG depuis tout petit, il est fan de Bergkamp, Henrik Larsson, Inzaghi, Zkatan, Van Nistelrooy, et de ce bon vieux Sammy Traoré. Il aime Paris, et joue toujours au ballon dans son club de toujours, dans le 9-4.

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1 Commentaire

  1. parcha

    Hello Samy,
    Le point d’UniCrédit que tu relais est intéressant mais il traduit une certaine confusion entre capitalisation et valeur prospective. La valeur marchande des joueurs est liée à leurs performances passées et résulte donc d’un cumul historique de succès et défaites passées, en bonne partie dans des équipes de club. Un joueur est un instrument de marketing valorisé sur sa notoriété, elle-même liée à ses performances passées et à son nombre d’apparitions brillantes sur les stades. La valeur est donc d’abord un résultat est non une anticipation de résultat. Ce n’est pas le meilleur instrument pour faire de la prévision.
    Par ailleurs, comme tu le soulignes la valeur d’une équipe n’est pas la simple agrégation des valeurs de ses joueurs. Il serait intéressant de regarder l’influence de paramètres comme :
    – la dispersion de la valeur des membres de l’équipe : une équipe avec une valorisation très hétérogènes (Une ou deux stars et des inconnus) est- elle plus/moins performante qu’une équipe homogène
    – Le trend de valorisation d’une équipe : une accélération récente de la valeur des joueurs d’une équipe est-elle le signe d’anticipations de performances futures?
    Un modèle n’est intéressant que s’il arrive à détecter les points de retournement dans une tendance de performance. Le modèle qui arrivera à détecter la date et le point de retournement des performances de l’équipe d’Espagne est sans doute difficile à mettre au point sur des critères purement quantitatifs de valorisation de ses joueurs.
    Il y a de nombreux paramètres qualitatifs complémentaires à intégrer autour des choix stratégiques d’une équipe. Et pour cette raison, nous avons besoin des fines analyses des Esthètes.
    N’oublions pas aussi que l’aléa est un paramètre très important de tous les jeux et du football en particulier !
    Longue vie aux Esthètes !

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