Marco « Pince »

« Marco prince » selon SoFoot, une belle note de « 7 » dans l’Equipe, ou « Marco génie, génie, génie ! » pour les supporters parisiens quittant le Parc. Presse, observateurs et supporters sont unanimes : Marco Verratti a sorti hier face à Chelsea l’un de ses meilleurs matchs depuis qu’il est parisien. Et ils se trompent tous. Tous.

Verratti est évidemment un joueur fabuleux. Une conservation de balle à la Redondo de la belle époque, une vision du jeu digne d’Andrea P., une technique d’une pureté incomparable… Les qualités du jeune Italien ne sont plus à démontrer depuis son arrivée dans la capitale française il y a deux ans. D’ailleurs, le public du Parc ne s’y trompe pas et c’est désormais chose commune que d’entendre les travées princières chanter à la gloire du Guffetto. Mardi soir contre Chelsea, Marco a fait étalage de toute sa classe. Protection de balle, disponibilité autour du porteur, dur au mal dans les duels, le natif de Pescara a fait son match. Un bon match. Un gros match même. Il a été, sans surprise, l’un des acteurs majeurs de ce huitième de finale aller. Très disponible, il a évolué en rampe de lancement des offensives parisiennes. Mais dans rampe de lancement, il y a lancement, non ?

Combien de fois avez-vous vu Verratti solliciter le pauvre VdW, seul dans un couloir déserté par des Londoniens resserrant effectivement dans l’axe ? Ou Sherrer, le poto do Brasil ? Mais surtout, combien de fois avez-vous vu Marco lancer rapidement un contre ? Beaucoup trop rarement ! Le PSG excellait la saison passée dans ces fameuses phases de transition, avec Thiago Motta dans le rôle du quaterback. L’italo-brésilien, à la différence de son jeune padawan, relançait très vite vers les joueurs plus créatifs ou cherchait rapidement les couloirs. C’est cela qui fait la qualité du regista : sa capacité à discerner les différentes situations de jeu ; celles où il est nécessaire de conserver le ballon en résistant au pressing, car la majorité du bloc adverse est déjà replacée, et celles où il faut rapidement lâcher la balle pour profiter de la temporaire désorganisation adverse. Thiago Motta, élevé à l’école de l’intelligence footballistique, la Mafia, Masia pardon, maîtrise à merveille cette habilité. Cette fonction lui sied. Enfin, lui sied au passé, mais je ne sais pas le conjuguer, et vous m’avez compris.

Verratti, lui, est un obsédé. Obsédé par la conservation du ballon. Crochet, crochet, protection, crochet… Verratti est joueur, très joueur. Si vous essayez de lui prendre le ballon, il sera ravi, vous humiliera en faisant jouer de son boul qu’il a imposant, pour vous tenir à distance du précieux, le ballon. Et il adorera ça, autant que le Parc, autant que vous, et autant que tous les Esthètes qui aiment le foot et le spectacle ! Plus il le fera, plus il sera acclamé et admiré. Le souci, c’est qu’à trop conserver, Marco en oublie parfois de relancer. Van der Wiel fait l’effort dans son couloir pour proposer un contre rapide. Pas servi. Maxwell, ou Matuidi, de l’autre côté ? Pas servis. Chelsea ? Bah… ils sont replacés, qu’est-ce que tu croyais ? Mourinho style mon gars, ces mecs n’ont pas le temps.

Résultat ? Un PSG qui conserve dans la partie de terrain adverse. Très bien, dira-t-on, ils n’ont plus qu’à chercher les décalages dans la défense adverse en faisant circuler le ballon rapidement sur la largeur du terrain, à l’instar du Barça façon Masia façon taka. A droite, à gauche, à droite, à gauche, rapidement, et il y aura bien un ou deux petits intervalles des familles qui se présenteront ! Mais avez-vous avez oublié l’identité de vos adversaires du soir ? C’est Chelsea les gars. Et Chelsea, ces derniers temps, c’est José. Et José, le replacement rapide, le coulissage en bloc sur la largeur, il maîtrise ça à la perfection, aussi bien que l’utilisation des journalistes, la recherche de taupes dans un vestiaire ou l’embrouille avec Arsène W. l’illustre. Mais José, il connaît aussi d’autres choses, la résistance, le bloc bas, le sacrifice collectif en phase défensive. Face au Barça avec le Real, face au Barça avec l’Inter, le Portugais a démontré qu’il savait à merveille contrer les équipes possessives. Patienter tranquillement dans sa moitié de terrain en bougeant en équipe sur la largeur, en étant attentif à ne pas ouvrir d’intervalles, non, ça ne lui pose pas de problèmes.

Or, hier, c’est une situation qu’on a souvent vue, surtout en deuxième période. Paris dans le camp de Chelski, faisant tourner d’un côté à l’autre en attendant l’ouverture. Ca a donné des moments d’ennui, comme lorsqu’on se demandait pourquoi on repassait une enième fois par Silva, mais aussi des moments d’extase, comme sur l’action du but, où on cherche vite de droite à gauche, vers Maxwell, qui trouve Matuidi, qui trouve Cavani, qui trouve le but, et non Courtois pour une fois. Les parisiens auraient pu être plus dangereux sur ces phases, en allant plus vite, avec plus de changements de rythme et de jeu direct, ou encore en alternant plus souvent  jeu court/jeu long. Ils ne l’ont pas assez fait. Le coupable ? Vous l’avez deviné, Marco s’est pris à son propre jeu, conserver pour conserver, en oubliant parfois, souvent, sa diabolique intelligence de jeu.

Lorsqu’il aura franchi ce palier dans l’intelligence, et dans sa faculté à résister à la tentation de  la protection, alors il sera parfaitement complet et capable de tout faire à merveille. Marco est déjà grand par le talent, mais il a largement les capacités pour devenir l’un des tous meilleurs milieux du Game. A condition d’être attentif dans son jeu à ce point de taille, qui est loin d’être un détail.

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