M. Chrétien Basser: « Je suis heureux d’être de retour »

De retour à l’AS Nancy Lorraine après un rapide passage par Strasbourg, Michaël Chrétien Basser s’est entretenu avec les Esthètes du Foot. L’international marocain (36 capes) revient notamment sur son passage en Turquie à Bursaspor, sur son récent retour au sein de son club de coeur et sur ses objectifs personnels avec, pourquoi pas, un come-back en sélection.

Bonjour Michaël, peux-tu nous rappeler brièvement ton parcours ?

J’ai commencé à jouer à l’âge de 5 ans jusque 15 ans à Vandoeuvre, dans le club de la ville où j’ai grandi. De 13 à 15 ans je fréquentais aussi le « Centre de préformation de la Madine » de Yannick Stopyra. A 15 ans je suis entré au Centre de Formation de l’ASNL et à 18 ans j’ai eu ma chance avec les professionnels. J’ai fait la plus grande partie de ma carrière professionnelle à l’ASNL à l’exception de trois années passées à l’étranger dans le championnat turc avec Bursaspor. L’an dernier, je suis revenu en France et j’ai joué 6 mois à Strasbourg en National. J’entame cette nouvelle saison en retrouvant les couleurs de Nancy.

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Que retiens-tu de ton expérience en Turquie ?

Quand on n’a connu que les L1 et L2 françaises, on a la sensation qu’à l’exception des championnats majeurs européens on ne joue pas ailleurs ; il est faux de penser que les championnats grecs, turcs ou autres seraient plus faibles ou avec un environnement violent. En Turquie, j’ai réalisé que le niveau était élevé avec des joueurs de grands talent qui arrivent assez jeunes.

C’est très pro ?

Oui ! Il y a vraiment des infrastructures impressionnantes dignes, voire meilleures que celles de nos tout meilleurs clubs français ! On joue uniquement sur des billards, les staffs médicaux sont élargis afin de répondre au mieux aux attentes des joueurs ! Beaucoup de joueurs talentueux arrivent plus jeunes dans ces championnats, même dans des équipes présentées comme des seconds couteaux. Et puis, évidemment, il y a énormément de ferveur !

L’ambiance dans les stades est impressionnante ?

Ce qu’il y a de magnifique c’est que toutes les personnes présentes dans le stade sont là pour supporter leur équipe, il n’y a pas de spectateurs comme on peut parfois voir chez nous. En France, les supporters et les ultras sont souvent dans un espace du stade et le reste des gradins est beaucoup plus calme. En Turquie, les chants descendent de partout et sont repris de toutes parts. C’est une atmosphère exceptionnelle exempte de violence comme on le laisse souvent croire. Je sais que cela peut arriver n’importe où mais durant mes 3 années à Bursaspor je n’ai jamais rien vécu de tel ! Les supporters sont très gentils et hyper accueillants !

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Les francophones du championnat se voient-ils souvent pour parler du pays ?

C’est vrai que j’étais dans mon club avec Alfred N’Diaye mais nous étions vachement ouverts et nous avons fait l’effort d’apprendre la langue, ce qui nous a permis d’être beaucoup plus proches des turcs en général. Bien que nous soyons proches, je n’étais finalement pas tant que ça avec Alfred ! Les sud am’ par exemple restaient entre-eux et la barrière de la langue les isolait un peu. Ça ne me manquait finalement pas de ne pas parler français.

Jamais ?

En fait, il était assez commun d’avoir plusieurs jours de repos et lorsque l’on visite Istanbul il n’était alors pas rare de croiser des joueurs français ou francophones qu’on le veuille ou non mais ce n’était pas mon but ! Je suis allé dans ce pays pour une expérience footballistique mais aussi pour la richesse culturelle que cela pouvait offrir !

Tu y as grandi en tant que joueur ?

Bizarrement, je dirais que j’ai progressé techniquement ! Aussi bien dans la maîtrise du ballon que dans la gestion des temps forts et faibles ; on jouait beaucoup plus précisément sous pression. Mais il est vrai que j’ai découvert là-bas quasiment toutes les séances d’entraînement avec ballon alors que j’étais habitué à un travail athlétique plus…classique. C’est un régal en tant que joueur de faire des petits jeux, des taureaux… Je suis meilleur du coup dans le jeu dans les petits espaces !

Pourrais-tu un jour te laisser tenter par un autre championnat étranger ?

C’est vrai que j’ai une attirance particulière pour l’Espagne et dans le foot on sait que c’est toujours une histoire d’opportunité donc on ne sait jamais… Le jeu proposé me correspond et c’est aussi un beau pays à découvrir. L’Espagne respire le foot, donc oui, c’est un autre championnat que j’aurais aimé connaître… On verra…

As-tu fait une croix sur la Sélection du Maroc ?

Jamais ! Même si cela fait effectivement 2 ans que je n’y suis plus retourné ! Il y avait à l’époque un sélectionneur qui avait de nouveau projet et de nouvelles idées et ça m’a fait un peu de mal car je n’en faisais pas partie à l’instar des Chamakh, Hadji… C’était dur à avaler car à cette époque beaucoup d’observateurs avisés de la Sélection disaient que j’avais ma place ; on a parlé de blessures pour justifier mes non-sélections mais ce n’était pas vrai.

Depuis, cela a été plus compliqué pour moi car je me suis retrouvé sans jouer mais lorsque j’ai repris avec Strasbourg j’ai eu la chance d’échanger avec Mr Zaki, le nouveau sélectionneur, qui m’a expliqué à juste titre qu’il attendait des joueurs à un autre niveau que celui du National pour jouer avec le Maroc.

Tu te sens sélectionnable ?

Oui évidemment et je vais tout faire pour ! Maintenant je n’oublie pas non plus que j’évolue actuellement au poste de défenseur central et que le Maroc ne manque pas du tout de joueurs à ce poste.

C’est un atout non ?

Oui, je suis davantage polyvalent mais je ne m’inquiète pas car je sais que le sélectionneur suit tous les joueurs marocains ! Il y a toujours eu une forte colonie d’internationaux marocains à Nancy (ndrl : lui, Zerka, Hadji, Ouaddou, Da Costa, Chahechouche…) et nous y sommes encore en activité Hadji et moi, mais je n’oublie pas le très talentueux et prometteur Youssef Aït Bennasser ! C’est à eux de faire leurs choix, je les respecte et je sais qu’ils les font toujours dans l’intérêt du Maroc !

Tu parles de joueurs talentueux comme Aït Bennasser, tu te sens un rôle auprès d’eux ?

Je n’ai jamais été un leader de parole mais je me rends compte qu’avec des joueurs comme Hadji ou Pedretti on a obligation d’apporter notre expérience car l’insouciance liée à la jeunesse fait que sur le terrain on peut parfois faire le mauvais choix. On se doit de les guider dans le professionnalisme et ce n’est pas mon style de gueuler mais s’il y a une remarque à faire je le fais de manière constructive, dans leur intérêt et dans celui de l’équipe.

Cela vaut aussi en dehors du terrain ?

Oui aussi car peut-être ne mesurent-ils pas tous les enjeux du professionnalisme ! On leur dit de ne pas succomber aux tentations de sorties et de bien se reposer car c’est important. On a la chance d’avoir un coach, Pablo Correa, qui fait confiance à tout le groupe donc c’est une responsabilité supplémentaire. A nous de tenir ce rôle de grands frères et de recadrer si besoin.

Tu ressens les attentes des supporters de l’AS Nancy Lorraine ?

A mon arrivée, beaucoup s’interrogeaient aussi bien sur mon état physique que sur le fait de savoir si je m’adapterai bien à mon nouveau poste. J’ai préféré rester discret, travailler et trouver mes marques durant la pré-saison. Quand je croise des supporters ils sont contents de l’expérience que j’apporte mais c’est aussi parce que les résultats vont bien ! Je sais que cela est fragile car si par malheur on venait à enchaîner deux mauvais résultats cela pourrait se retourner. Je reste prudent afin de me concentrer sur mes objectifs qui vont dans le sens de ceux du club. Je sais qu’il y a de l’attente mais en notre qualité d’acteurs du jeu on s’applique sur ce qu’il y a à faire, et aux supporters de rester derrière nous et de nous encourager quoi qu’il arrive ; soyons un groupe solidaire et soudé !

Tu as contribué à la victoire avec ton but contre Clermont lors du dernier match, as-tu un objectif de buts cette saison ?

Je n’ai pas d’objectif chiffré mais c’est un challenge pour moi que de pouvoir aider l’équipe dans ce compartiment du jeu. Je n’oublie pas pour autant que mon rôle est d’abord de bien défendre. Quand je monte sur un corner ou un coup-franc, je le fais avec beaucoup de détermination et d’envie dans le but d’aider l’équipe !

Tu connais le Président Rousselot depuis longtemps, vous avez une relation particulière ?

C’est vrai que quand on travaille avec quelqu’un depuis aussi longtemps, on crée des liens. Jacques Rousselot a toujours été proche de ses joueurs et il passe souvent d’ailleurs discuter avec nous dans les vestiaires. On a une relation agréable mais il y a eu des hauts et des bas, les affaires d’agents compliquent souvent les choses ! Mais on en a discuté et c’est notamment grâce à lui que je suis de nouveau présent à Nancy ! Je suis heureux d’être de retour et il y a du respect entre nous !

Forcément avec les années de présence au club il y a une relation plus étroite avec les coachs, les dirigeants des équipes jeunes mais aussi tous les autres salariés du club, je crois que nos discussions dépassent le cadre simple du football.

Quel match t’a laissé un souvenir impérissable ou procuré des frissons ?

En tant que joueur j’ai envie de citer le match Maroc-France en 2007 que j’ai joué au Stade de France et le match de Coupe de l’UEFA joué contre Schalke 04 ! Sinon, bien que je ne regarde pas tous les matchs télévisés j’ai adoré l’époque des Galactiques avec cette garantie de spectacle !

Quel joueur est pour toi l’archétype d’un Esthète du Foot ?

Pour moi l’élégance rime évidemment avec Zidane ! Il avait une maîtrise à tout niveau et le voir donnait l’impression que tout était facile ! De loin Zidane malgré les très bons joueurs actuels !

Quel est ton geste technique favori ?

Je vais faire simple mais je vais te citer enchaînement contrôle-passe ! Fort, dans les pieds, comme il faut ! Je suis impressionné de voir certains joueurs enchaîner des passements de jambes mais, ce n’est pas mon truc !

Merci Michaël pour ta disponibilité et au plaisir de continuer à te voir sur les pelouses françaises ou un jour sous le soleil espagnol !

A propos de l'auteur

Romantique du Football qui aime le beau geste et considère ce sport comme de la poésie en mouvement. Fan de Pelé, Papin, Rooney et CriCri... il aurait mis près de 1037 buts depuis qu'il a signé sa première licence

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