Paris marque le pas

Après une performance insipide face aux girondins de Bordeaux, le PSG n’affiche aucune forme de progrès. Durant l’interview d’après match, Ancelotti a réclamé du temps, avançant qu’il s’agissait d’un « problème technique et tactique ». Il fallait oser ! En clair, le Mister nous déclare que l’équipe n’est pas du tout prête. N’est-il pas en charge de l’aspect tactique et technique de l’équipe ? Que manque t-il au tableau ? Y a-t-il des problèmes de motivation ? Après les dernières trois performances  parisiennes, je n’en serais pas surpris.  Ce qui ressort de la dernières prestation des rouge et bleu, c’est une équipe très déséquilibrée, sans aucun projet de jeu et avec des joueurs pas forcément adaptés au système tactique mis en place. Je m’explique.

Un contrôle, une passe et tu bouges ton c** !

Force est de constater que les joueurs ont plutôt bien compris où ils doivent se situer les uns par rapport aux autres sur le pré. Une bonne chose, mais Ancelotti va devoir rapidement contraindre ses joueurs offensifs à un minimum de repli défensif. Ils doivent absolument venir prêter main forte plus bas et ne pas rester en permanence au delà de la ligne médiane à attendre indifféremment. Cette passivité se traduit également dans la possession stérile du PSG faite avant tout de passes latérales de courte distance, souvent entre les défenseurs et la ligne de trois milieux de terrains. Les joueurs multiplient les touches de balle, pour ceux d’entre vous qui auriez besoin d’un exemple, observez Matuidi et vous comprendrez rapidement. Une fois la récupération effectuée, l’équipe manque également d’explosivité, peinant à faire ressortir le ballon rapidement.

Comme dans tout bon travail collectif, chaque acteur est censé connaître ses responsabilités. Avec une absence effarante de mouvement, le secteur offensif n’aide pas nos pauvres milieux à relancer et à construire du jeu. Comment espérer surprendre un axe central composé de trois gaillards comme Ciani, Sané et Henrique en imprimant un rythme de vétéran ? La réponse d’Ancelotti à la question de ce qui n’a pas fonctionné dimanche soir est d’ailleurs assez hallucinante: « Nous avons aussi trouvé en face une équipe très bien organisée derrière« . L’organisation bordelaise n’a pas changé depuis  l’arrivée de Carlo en Ligue 1, mais il est vrai que par rapport à leurs deux premiers matchs, l’absence de Planus compensée par Henrique et de Trémoulinas remplacé par Marange peut être déstabilisante ! Après quelques mois de tatonnement, Gillot, l’entraineur girondin, a pour sa part compris quelles étaient les qualités des joueurs à sa disposition et a su en tirer la meilleur organisation. Ce 5-3-2 n’était d’ailleurs qu’un remake de la composition bordelaise du PSG-FCGB de la saison passée… On sent ici toute l’utilité d’un monsieur vidéo au sein du staff ! Enfin, mentalement, les joueurs ne semblent pas avoir pris conscience des conséquences du changement de dimension du club de la capitale. Friandise prisée par le passé, une victoire contre Paris est maintenant un réel moyen de se singulariser et de se faire valoir. Ajaccio nous l’a parfaitement démontré avec son bon match contre Paris puis sa défaite trois buts à zéro à Valenciennes dont un slalom de Nery (digne d’Aliadière au Parc) dans la défense ajaccienne. Les adversaires de la bande à Jallet seront toujours à 110% pour les jouer. Après une troisième bataille, les joueurs parisiens ne semblent pas prendre conscience qu’ils vont devoir guerroyer pendant les 35 prochaines journées si ils souhaitent obtenir le moindre résultat.

Des choix discutables ?

Ensuite, le « jeu » du PSG est beaucoup trop concentré dans l’axe du terrain. C’est d’ailleurs surprenant de n’avoir que si peu de joueurs de couloir de métier dans l’effectif. Dans un football moderne où une majorité des buts provient des ailes, nous n’avons à disposition que Lavezzi (encore que) et Nenê soit un droitier et un gaucher qui bien évidement jouent respectivement dans leur mauvais couloir pour pouvoir repiquer dans l’axe, aberrant ! J’élude consciemment Ménez, qui ne sait pas centrer et qui est donc difficilement classable dans la catégorie des joueurs de couloir ! Avec deux de nos trois attaquants culminant autour du mètre quatre-vingt dix (mais au jeu de tête disparate), pourquoi ne pas s’essayer à quelques centres ? J’ajouterais que le jeu penche beaucoup trop côté droit. La participation de Maxwell aux phases offensives avec un unique centre est inférieur à celle de Jallet (cinq centres). Idem pour les joueurs offensifs devant eux, respectivement Pastore (1 centre) et Nenê (13 centres). Ce déséquilibre rend les attaques parisiennes très prévisibles voir stéréotypées. Malgré sa bonne pré-saison, les limites d’un Pastore dans ce dispositif sont criantes. Pas vraiment milieu relayeur, pas du tout ailier, difficile de lui trouver une place sur le terrain, lui qui ne semble destiné qu’à évoluer derrière une ligne d’attaque.

Une erreur de casting ?

Peut-être qu’ Ancelotti n’a pas de réponse à apporter à ce défi. Malgré tous les titres remportés, toutes ses précédentes équipes partagent une caractéristique, aussi bien la Juventus que le Milan AC ou Chelsea (malgré le record de buts): elles n’ont jamais brillé pour la qualité de leur jeu collectif mais plutôt grâce aux coups d’éclat de leurs meilleurs joueurs respectifs. Ces équipes étaient également très dépendantes des rendements individuels: Zidane, Del Piero et Inzaghi à la Juventus; Kaka, Sheva et Inzaghi au Milan AC; Drogba ou Lampard chez les Blues. Le PSG va certainement également suivre le même chemin que ces trois illustres clubs avec une équipe qui peut être redoutable si ses meilleurs joueurs sont en forme mais une équipe également capable d’afficher un jeu d’une pauvreté effarante. Le projet PSG semble vouloir se construire une légitimité dans le monde du foot et une image d’acteur majeur. Définitivement protagonistes du mercato européen, les propriétaires du club ont encore beaucoup de travail devant eux s’ils souhaitent parvenir un jour à concurrencer les blaugranas dans le coeur des amoureux du beau jeu. Cette mission risque de s’avérer beaucoup plus complexe que prévu malgré les investissements financiers consentis. Le retour sur investissement risque d’être un peu plus long que prévu, et l’entrée prochaine du fair-play financier nous garantit que la campagne de recrutement exceptionnelle vécue cet été restera singulière.

A propos de l'auteur

Vous aimerez aussi

Répondre