S. Wiltord : « J’ai toujours eu l’envie de relever des challenges »

Se déplacer, se cacher, bondir, sentir le coup…et tuer le match ! Le buteur est un animal qui se fie à son intuition et à sa clairvoyance. Du flair, lui, il en a toujours eu, notamment lorsqu’il s’agissait d’apprendre aux Italiens à reboucher une bouteille de champagne sabrée de manière trop précoce. Toujours de bonne humeur, il partage avec nous sa passion intacte pour le jeu et son envie de transmettre son savoir aux nouvelles générations. Entretien avec Sylvain Wiltord a.k.a Nino Brown.

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Bonjour Sylvain. Que faites-vous de beau à La Plagne ?

Eh bien je me régale en participant aux Etoiles du Sport ! Je suis venu en qualité d’ancien sportif afin de rencontrer les Espoirs du sport français pour partager mon expérience et les aider à appréhender les compétitions. Ils ont parfois des questions, et c’est l’occasion d’avoir de beaux échanges car moi j’apprends aussi à connaître leurs disciplines. Il y a ici des animations football auxquelles participent d’anciens internationaux comme Olivier Dacourt, Alain Boghossian ou Youri Djorkaeff.

Quel est votre avis sur le tirage de l’Euro 2016 de l’équipe de France ?

On respecte tous nos adversaires mais on peut considérer que ce tirage paraît plutôt favorable. On doit sortir du groupe haut la main sans avoir d’hésitation en abordant les matchs. Nous sommes la France quand même !

Vous êtes un peu « Monsieur Euro 2000 » avec votre but ! Vous arrive-t-il de vous remémorer ce moment ? 

C’est vrai qu’on me reparle souvent de ce moment particulier mais pour être honnête, je ne regarde pas les images. Maintenant c’est vrai qu’il m’arrive d’y repenser…

Et c’est comment en live ?

Le ballon arrive vite et comme je suis attaquant, il n’y a qu’une demi seconde pour apprécier la situation et réagir, alors je ne me pose pas de question. Je frappe fort pied gauche, et j’ai le bonheur de voir la balle passer entre les jambes d’un Italien et se loger petit filet. A ce moment je crois que je suis sur une autre planète parce que…voilà quoi ! Il restait quelques secondes et là on a de l’espoir. Après, David [Trézéguet] met un but extraordinaire, c’est le but en or, on saute partout…c’était top ! C’est un très très grand moment de ma carrière !

Dans les sports américains chaque département de jeu a un coach en spécifique. Quand on voit les performances de certains de vos anciens clubs comme Rennes, Bordeaux, ou Lyon, vous verriez vous coach pour attaquants ?

Exactement !!! C’est vrai que l’habitude n’est pas encore bien prise de systématiser le travail avec des entraîneurs d’attaquants en s’appuyant sur des joueurs d’expérience. J’y pense mais ce n’est pas forcément évident car comme je le disais le poste d’attaquant c’est beaucoup d’instinct, beaucoup de créativité et il faut savoir réagir en une fraction de seconde. Maintenant, il y a des bases inhérentes au poste, une science du placement et du déplacement. On peut sentir le jeu, et ça, je peux leur apprendre au quotidien.

Je suis d’ailleurs l’un des parrains de l’Académie du Stade Rennais et j’ai eu l’occasion de faire une séance avec les jeunes. Je ne te cache pas que j’y ai pris goût ! Comme les portes me sont grandes ouvertes à Rennes et que j’ai la possibilité de venir travailler avec les équipes de jeunes cela m’a donné l’envie de passer les diplômes nécessaires afin d’acquérir toute la légitimité pour pouvoir, pourquoi pas par la suite, encadrer une équipe de jeunes !

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Récemment chez Les Esthètes nous avons abordé la façon de tirer les penalty, aviez-vous une recette spéciale ?

Encore une fois c’est de l’instinct et du travail ! Même dans la course d’élan, on a beau chercher l’indication du gardien ou se demander si l’on va choisir un côté ou l’autre, ça boue tellement dans notre tête qu’il ne faut pas tergiverser. C’est un travail spécifique à l’entraînement qui fait qu’en un quart de seconde on choisit la bonne option.

Vous avez l’air toujours aussi passionné par le foot…

Depuis que j’ai su que je pourrai devenir footballeur professionnel, j’ai essayé de garder cette passion pour le jeu. Cela me permettait d’avoir une sensation de liberté sur le terrain et c’est ce petit grain de folie qui m’a aidé dans certains clubs ! Je suis un vrai passionné ! Ca nous ramène encore à cet aspect de quasi entraîneur car j’ai fini ma carrière assez tard autour de 38 ans, et les gens s’étonnaient de me voir encore dans des stades ou signer dans différents clubs ; ils me disaient alors que je devrais faire partager ce goût du jeu et du rôle d’attaquant. C’est pour cela qu’à mon niveau, j’aimerais transmettre cette passion qui m’a animé pendant 20 ans !

Et votre côté compétiteur également ?

C’est vrai que j’ai toujours eu l’envie de relever des challenges ! A Rennes je me disais que ce serait bien de jouer l’Europe et viser des clubs encore plus grands et c’est ce que j’ai pu faire en gagnant d’ailleurs des titres. Puis en passant par les équipes de France Espoirs et Olympique je savais que le travail pouvait m’ouvrir les portes de la Sélection Nationale, et voilà ! Je voulais en permanence relever des challenges mais en gardant la notion de plaisir !

Vous êtes arrivé tard dans une structure professionnelle (ndlr : à 17 ans), c’est de là que venait votre côté imprévisible sur le terrain ?

Oui c’est vrai que jeune, avec mes potes, on faisait souvent des 4 contre 4 ou des 5 contre 5. Ce genre de matchs où on joue à tous les postes, on attaque, on défend, un coup à gauche, un coup à droite… Le centre de formation m’a cadré mais le grain de folie que j’avais avec mes potes en région parisienne ou dans mon club amateur du FC Joinville-le-Pont ne m’a jamais quitté !

Vous êtes un joueur qui a souvent su être décisif mais certains de vos entraîneurs vous utilisaient comme un « super sub », ce n’était pas un peu frustrant ?

J’ai déjà eu la chance de beaucoup jouer et parfois dans mes équipes il y avait des joueurs au même poste qui pouvaient être meilleurs. Il va de l’intelligence du joueur de faire passer l’intérêt du club en premier. En tant que compétiteur, c’est normal d’avoir envie de débuter tous les matchs mais à partir du moment où l’on fait un sport collectif il faut se mettre le cul par terre dès que l’on joue pour aider l’équipe ! J’ai été décisif en démarrant remplaçant avec Arsenal et même en équipe de France, mais j’ai toujours eu la même fierté en entrant en jeu que si j’avais été titulaire ! A la fin, c’est une équipe avec la même joie et les mêmes émotions partagées !

Vous avez un geste technique préféré ?

Le contrôle ! Le contrôle dans la course ! Cela offre toute les possibilités : on peut frapper, centrer, orienter le jeu. Quand je reçois un bon ballon, j’adore faire un beau contrôle avec la balle qui reste juste devant moi !

En club, y a-t-il un partenaire qui vous ait particulièrement marqué ?

Je vais citer des personnes dans le début de ma carrière ! Il y a d’abord eu Jocelyn Gourvennec qui prenait justement énormément de plaisir à réaliser le meilleur des contrôles même à l’entraînement. Il voulait créer une routine pour qu’il y ait des automatismes en match et il m’a inculqué cela ! Il peut arriver que l’on soit un peu nonchalant à l’entraînement mais il me disait que je prendrai le double de plaisir en ayant la satisfaction de réussir un beau contrôle ! C’était alors plus kiffant de s’appliquer à faire ça plutôt que de faire le fou !

Sylvain Wiltord_editEt puis j’ai eu la chance de jouer et de travailler mes gammes d’attaquant avec Jean-Pierre Papin aux Girondins de Bordeaux ! On faisait beaucoup de séances de rab après les entraînements collectifs et il m’apprenait à apprécier le fait de s’appliquer à trouver le cadre pour faire mal au gardien. Il fallait que ce soit là encore répétitif afin de pouvoir le reproduire par intuition en match !

Pour finir on sait que vous êtes fan de rap, qu’est-ce que vous écoutez actuellement ?

Justement je vais me précipiter pour aller acheter le dernier album « Rohff Game » de Rohff que j’apprécie et aussi « Caribbean Dandee » de Joey Star et Nathy !

Un grand merci à Sylvain Wiltord pour sa décontraction et le temps qu’il nous a accordé.

Crédits photo: stade Rennais

A propos de l'auteur

Romantique du Football qui aime le beau geste et considère ce sport comme de la poésie en mouvement. Fan de Pelé, Papin, Rooney et CriCri... il aurait mis près de 1037 buts depuis qu'il a signé sa première licence

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