Mais qui es-tu, Eric Bailly ?

‎20 janvier 2015, entrée en lice de la Côte d’Ivoire à la CAN. Le sélectionneur des Éléphants Hervé Renard aligne une défense à trois. Une équation étrange, alambiquée, avec au centre, en guest-star incontestée, la valeur sûre Kolo la tour, entouré de deux (quasi) inconnues, Wilfried Kannon et Eric Bailly, respectivement 21 et 20 ans. Les questions affluent alors d’elles-mêmes : ces jeunes sont-ils seulement alignés pour servir de cannes au vénérable Kolo ? Hervé est-il réellement remis de sa folle escapade sochalienne, où délire-t-il déjà, à peine installé en Côte d’Ivoire ? Faut-il forcément jouer hors d’Asie pour assister à une compétition débridée ? Kamoulox.

Eric Bailly

Lui, Bailly, nous ébahit

Un petit mois plus tard, les Eléphants sont en finale, opposés au Ghana, et on commence à se dire que cette défense, au-delà de la solidité du système de Renard, est vraiment canon. Seulement 4 buts encaissés en 5 matchs, soit une moyenne de 0,8 buts encaissés par match, après avoir rencontré des joueurs comme Choupo-Moting, Aboubakar, Soudani, Brahimi, Feghouli, ou encore Dieumerci Mbokani. ‎Cette arrière garde semble en effet avoir tout pour elle : canon comme Wilfried, collante comme Touré, mais aussi et surtout rapide et incisive comme Eric.

Bailly, Eric Bailly. Un numéro en club, le 94 – pas le département non, sa date de naissance – une silhouette longiligne, des beuges à n’en plus finir, le tout ponctué d’une crête toujours bien en place. Le natif de Bingerville vit lors de cette finale sa 7ème sélection. Une trajectoire surprenante lorsque l’on sait qu’avant la compétition, la presse locale envisageait plutôt une sélection du capitaine des U20 Frank Kessié.

Formé à l’Espanyol Barcelone, Bailly a disputé ses premiers matchs en Seguna B il y a deux ans, participant à une vingtaine de rencontres de championnat. Cette année, il fait ses débuts en première division. Sa bonne prestation dans le derby face au Barça, malgré une défaite 5-1, achève de convaincre le staff d’Hervé Renard de l’inclure dans la liste. Malgré cette relative inexpérience, il n’a jamais semblé réellement inquiété lors de cette CAN. Aligné à droite du tiercé défensif ivoirien, Bailly a joué tous les matchs de la compétition, pour finalement l’emporter, au bout d’une séance de penaltys étouffante.

Si rapide qu’il est déjà pote avec Cricri, avec qui il joue à la brouette…

L’alliance de R1 et d’une crête

Eric veut aller vite, très vite. Et il peut se l’autoriser, ses jambes agiles lui permettant de rattraper aisément quiconque osera s’aventurer un peu trop près de Gbohouo, son gardien, ou de Coppa Barry, le véritable maître du temple – les vrais savent.

A l’inverse de Lucas, le joueur du PSG, Bailly n’a pas besoin d’appuyer sur R1 de façon frénétique, à intervalles réguliers, tout au long de la rencontre. Non : Eric Bailly est R1. On pourrait même avancer, sans prendre trop de risques, que R1 est l’émanation même de ce jeune thug. Une sorte d’hommage numérique venu du passé de la part de Sony, tant l’Ivorien défie régulièrement la vitesse du son à la course, toute crête déployée.

Mais ce n’est pas tout ! Sinon, cela ferait longtemps que Van Gaal aurait pris ce filou d’Usain B. dans son équipe pour pallier les déficiences hebdomadaires de sa défense. Bailly sait aussi profiter de sa grande taille, en atteste son jeu aérien, tout à fait correct. L’éléphanteau s’améliore aussi constamment dans la relance, qu’il n’a pas tout le temps très délicate, certes. Preuve de son insouciance, il n’a pas peur de porter la sphère pour aller créer le décalage dans l’espace, aptitude quasi indispensable dans une défense à trois comme celle d’Hervé Fox – oui, on milite ouvertement pour la nominaation de Renard en Premier League ; rien que pour le voir aller haranguer torse-poil Mourinho après une victoire 1-0 à Stamford-Bridge, sur un but contre son camp de Diego Costa, le tout à la tête d’un club comme Leicester ou QPR organisé en 6-3-1. Mais stop, je m’égare !

Bailly affiche une sérénité assez déconcertante : il anticipe, replace et couvre ses partenaires comme un patron. Toujours avec cette volonté de rester debout le plus longtemps possible, campé sur sa position, fidèle à ses principes. Sa marge de progression paraît énorme. Il peut encore améliorer sa concentration ou son placement – qu’il est trop souvent tenté de compenser par sa vitesse – ainsi que sa relance, comme le lui a fait remarquer plusieurs fois son sélectionneur. Et surtout de continuer à travailler. Mais ça, il le sait, comme en attestent ses déclarations après l’annonce de sa sélection : « Etre dans cette équipe, ça fait énormément plaisir, souffle-t-il. A 20 ans, faire parti de l’effectif d’une équipe comme celle de la Côte d’Ivoire, c’est un rêve qui se réalise déjà. Je pense que c’est par le travail et par l’humilité que je l’ai intégré. »

Vietto + Bailly : mercato réussi

Vous l’aurez donc compris, Eric Bailly est plutôt complet pour un défenseur de son âge. Et cela, les scouts de Villareal l’ont bien capté, et comme souvent, avant tout le monde, eux qui ont aussi parié avec succès en début de saison sur Vietto, un jeune attaquant argentin. Fast life pour eux aussi. Ils l’engagent donc fissa dès la fin de la compétition. Sans aucune gêne, au nez et à la barbe de ManCity ou de Turin (selon la fameuse source proche du dossier). Le transfert s’élève à 5 millions d’euros, soit 1/10 à l’échelle Mangala. Le plan est de pallier au départ de Gabriel Paulista, ce défenseur brésilien parti à Arsenal et dont le rêve ultime semble être de gagner la Cup.

Pour Bailly, l’objectif est rempli, l’ivorien formant une charnière solide avec Matteo Musacchio, l’excellent défenseur central argentin du club. Son adaptation est excellente au cœur d’une équipe comptant d’innombrables jeunes talents : Vietto et Bailly donc, mais aussi les Dos Santos, Trigueros, Moi Gomez, ou encore Nahuel Leiva.

Jusque-là, le bilan est plus que positif pour Bailly : une première moitié de saison pro, et 16 matchs, dont 2 en League Europa et 6 à la CAN. Il a affronté, à 21 ans, Cristiano Ronaldo, Messi, Benzema, Bale, Suarez, mais aussi Kevin Gameiro, Bacca, Feghouli, Brahimi, les frères Ayew, et bien d’autres encore. Et il a déjà reçu son petit carton rouge des familles en Europa League la semaine dernière contre Séville.

Promis Cricri la prochaine fois c’est à ton tour d’avoir le pansement géant.

Et puis, accessoirement, en passant par là, inopinement, Didier pardonne-moi, il a déjà à son palmarès une CAN, exploit que n’a jamais réalisé un  Drogba en 12 participations… Alors oui, l’avenir du nouveau joueur du Sous-marin jaune paraît tout tracé: continuer à rattraper les attaquants, inlassablement, armé de son calme olympien, tout en jaune comme Bip-Bip. Les toiser du haut de sa crête et de sa vitesse affolante, avec toujours au moment de passer ce petit air insolent, qui semble vouloir signifier, dans un mélange de défiance et de respect : « C’est Eric ! Bye bye ! Bailly ! »

Baillyette dans 3,2,1…

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