Qatar, thunes, foot et marketing

Tordre le cou aux idées reçues

Nouvelle série sur le blog des esthètes, à l’image de Pascal Perri dans son ouvrage « Ne tirez pas sur le foot » publié aux éditions JC Lattès et que je vous conseille fortement, nous tenterons de tordre le cou aux idées préconçues et aux affabulations souvent exprimées par l’opinion publique qui se laisse malheureusement aller à des raccourcis de pensée trompeurs en matière de football. Pour ce premier article, nous tenterons d’apporter un éclairage sur les motivations des qataris à investir dans le football en France, car non, les qataris ne balancent ni des millions dans le PSG pour amuser la galerie ni parce qu’ils ne savent pas quoi faire de leur argent.

Vendredi 6 janvier 2012, au cours d’une table ronde football sur le thème du Qatar sur France Inter, Claude Leroy, sélectionneur de la République Démocratique du Congo et Charles Biétry que l’on ne présente plus apportent un éclairage intéressant sur les investissements des qataris dans le football en France quand tout à coup, la journaliste Caroline Fourest prend (malheureusement) la parole : « on a bien compris que leur but n’est pas de gagner plus d’argent avec la Ligue 1, ils ne savent déjà pas quoi faire de l’argent qu’ils ont déjà, ils ne vont pas en avoir encore plus, ça va devenir un dilemme interminable ». Eh merde, il y a donc bien des gens qui croient encore que les qataris sont des types qui s’emmerdent dans leurs tours d’ivoire et qui s’amusent en rachetant des clubs de foot et en jetant des millions par-dessus les fenêtres comme un dingue au Casino. Un petit rappel s’impose.

Pourquoi le Qatar a-t-il autant d’argent à investir à l’étranger ?

Le Qatar est un émirat du Moyen Orient, grand producteur de pétrole, membre de l’OPEP, et troisième producteur de gaz naturel du monde. Forcément, ça aide. Son économie est principalement gouvernée par les hydrocarbures, le secteur employant près de 40% de la population et générant environ 60% du PIB national. Sa population, justement, est comprise entre 1,5 et 2 millions d’habitants dont seulement 20% de nationaux et 80% d’expatriés. Il y a donc moins de 400 000 habitants de nationalité qatarienne. Le taux de chômage y est presque nul et le pays a un niveau de vie élevé, tout du moins pour la minorité d’habitants nationaux. La cause principale des investissements extérieurs qatariens a été soulignée par Claude Leroy lors de la fameuse table ronde: « tout ce qu’il y avait à faire au Qatar ils l’ont fait ». Le pays a effectivement largement investi dans les infrastructures locales et doit donc aujourd’hui trouver des investissements extérieurs pour préparer l’après-pétrole et faire fructifier les revenus tirés de l’exploitation des hydrocarbures.

Investir d’abord dans le sport

Le choix politique qui a été fait par le Qatar a été d’utiliser le sport comme principal vecteur de communication pour dans un premier temps accéder à une certaine reconnaissance en termes d’image et dans un second temps faire du Qatar un acteur incontournable du monde de demain. Au jour d’aujourd’hui, les qataris se démènent pour atteindre leur premier objectif …et ça paye. Entre l’organisation de la coupe du monde de hand masculine en 2015, la candidature aux JO 2020, l’organisation de la coupe du monde de football en 2022, le tournoi de tennis de Doha et tous les autres événements sportifs, qui peut aujourd’hui prétendre ne jamais avoir entendu parler du Qatar ? Pour pouvoir communiquer autour du sport, le secteur des médias est également largement utilisé comme vecteur de communication et de promotion du Qatar, notamment grâce à Al Jazeera, la première chaîne d’information du monde arabe en continu, une chaîne financée en totalité par…l’Etat du Qatar. Du sport et des médias pour le diffuser au monde entier, n’en déplaise à Caroline Fourest mais le business model est loin d’être laissé au hasard. L’acquisition des droits de diffusion de la Ligue 1 combinée au rachat du PSG à un prix plus qu’honnête et à des investissements cohérents dans des joueurs de bon niveau et dans un entraîneur de classe internationale font déjà parler de la Ligue 1 et participent en ce moment même à en valoriser les droits à la hausse.

Alors non, les qataris n’investissent pas bêtement dans le football parce qu’ils ne savent pas quoi faire de leur argent, ils le font en sélectionnant des projets « rentables » économiquement et en termes d’image. Les millions investis à Paris sont une campagne marketing d’une amplitude gigantesque associée à un projet économiquement viable à terme, on achète au plus bas  et on revend au plus haut. La saga du transfert avorté de Beckham a par exemple tenu en haleine les médias (au moins français) pendant plusieurs mois en n’ayant presque rien coûté au final hormis les 30 000 maillots floqués au nom du Spiceboy déjà préparés.

Des investissements diversifiés et cohérents

Derrière le football et le sport, le Qatar investit également dans d’autres projets là encore cohérents avec leur stratégie de développement. Le fonds souverain du pays, QIA pour Qatar Investment Authority, un fonds d’investissement doté de plus de 50 milliards de dollars, possède notamment des participations dans le capital de grandes multinationales. Le 29 décembre 2011, Qatar Holding LLC, une branche de QIA, annonce ainsi détenir désormais 10% du groupe français Lagardère (secteur des médias, comme par hasard) suite à une acquisition d’actions, soit une participation au capital du groupe supérieure à celle de la holding  Lagardère Capital & Management d’Arnaud Lagardère lui-même. Petit à petit, le Qatar tisse donc ses liens pour l’avenir et développe son image et son réseau jusque dans les banlieues, l’ambassadeur du Qatar ayant annoncé la création d’un fonds de 50 millions d’euros destiné au financement de projets d’entrepreneurs de banlieue.

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A propos de l'auteur

Supporter du PSG depuis tout petit, il est fan de Bergkamp, Henrik Larsson, Inzaghi, Zkatan, Van Nistelrooy, et de ce bon vieux Sammy Traoré. Il aime Paris, et joue toujours au ballon dans son club de toujours, dans le 9-4.

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